lundi 13 avril 2009

Bonne nouvelle:

J'ai été malade tout le weekend, j'ai chaud, trop chaud, mais tout va bien, normalement, je pars en vacances au Cameroun Samedi. Je dis normalement car j'ai pris l'habitude de toujours rajouter cet adverbe avant tous mes verbes, mais normalement c'est sûr.
Ca va me faire du bien, parce que ici la chaleur est montée dans les extrêmes et ne laisse aucun répits. Depuis une semaine, la température la plus fraiche que j'ai enregistrée durant une nuit fut 34°c. Meme l'eau n'est plus jamais fraiche.
J'essaye de m'habituer, mais ce week end j'ai été malade (la première fois en trois mois c'est plutot pas mal) et j'ai donc encore plus subi que d'habitude. Et je fais travailler mes ouvriers en les engueulant pour qu'ils avancent plus vite...
Je suis assez inquiet de quitter mon chantier mais il faut bien que ca arrive à un moment, et la, je crois que j'en ai vraiment besoin...

mercredi 8 avril 2009

Une mauvaise nouvelle: mon appareil photo a belle et bien disparu.
Une bonne nouvelle: celui des Archi de l'urgence est réparé.
Donc je propose de compenser le manque de photos de ces derniers temps. En vrac.

Lui, c'est Nassour. Un des chauffeurs de la GTZ. C'est une ONG allemande qui, en collaboration avec l'UNHCR, fournit des camions scania aux différents partenaires qui travaillent sur les camps de refugiés de l'est Tchadien. Nous les utilisons tous les jours pour aller chercher des pierres dans les collines à coté du camp, du gravier un peu en dehors et du sable dans unn Ouadi en direction du lac.
Nassour est d'habitude affecté à Iriba (A 200km d'ici) mais, à son grand desespoir, il est en mission à Bahai pour quelques temps.
D'après ses dires, il est le fils de l'ancien sultan du Ouaddai (à Abéché) et il aurait refusé le poste au profit de son petit frère. Je ne pense pas qu'il nous raconte toute son histoire, maisje préfere autant parce que j'aime bien le recit de ce fils de Sultan qui aurait tout abandonné pour devenir chauffeur de camion et cheminer à travers le Tchad sa chemise toujours entrouverte...


Les maçons réfugiés posent les pierres pour monter les murs de l'école. Ici, nous sommes au niveau de la porte et l'ouvrier utilise un niveau à bulle après que nous ayons insistés 337 fois sur son utilisation pour nous assurer que les murs soient bien verticaux.



Safia est une mère, elle à trois enfants mais elle n'a plus de mari (mort, parti, renié... on ne sait pas). C'est elle qui a été désignée, par les femmes que l'on emploi, comme leur leader. C'est donc avec elle que l'on doit discuter des prix, du travail à faire... Elle ne lâche rien. Il faut comprendre que toutes les femmes qui travaillent pour nous sont sans mari (morts au Darfour, avec les rebelles, enfuis...) sans quoi elle ne pourraient pas travailler avec des hommes comme nous (le Soudan est un pays islamiste). Ici, sans homme, tu n'es pas vraiment considérée comme une femme à part entière, tes droits sont réduits. Il faut que tu te débrouille seule pour nourrir ta famille, tu es 5 fois moins bien payé pour un travail equivalant mais au moins tu as la permission de travailler, de gagner de l'argent.

Elles sont loin, mais elles sont belles. C'est mon premier vol de cigognes, je ne me doutais absolument pas que ce pouvait etre aussi beau.
Mais ici, c'est considéré comme présage de conflit armé imminant. De toute manière il y a des cigognes tous les ans et cette région du monde connait des conlits sans discontinuer depuis plus de 40 ans...
Effectivement, on parle effectivement d'affrontements possibles vers N'Djamena en ce moment. Les cigognes??
Un militaire français à tiré sur cinq personnes à Abéché (ils sont la pour nous proteger je vous rappelle) les cigognes???
De toute manière qui peut encore penser qu'il suffit de rajouter des forces armées pour résoudre une situation de conflit... Quand le problème est le surnombre de forces armées, quel est le sens d'en rajouter?

dimanche 5 avril 2009

Aller ou?

Le ronronnement du générateur vient de s’éteindre, la lumière de l’ampoule est remplacée par l’extrémité des rayons du soleil qui viennent s’éclater et se disperser à travers les persiennes et la toile anti moustique de ma chambre. Je suis assis sur ma chaise en plastique, dans la semi obscurité, devant la simple table en contreplaqué bricolée déjà branlante par le menuisier de Bahaï (comment être menuisier dans une région sans bois ?). La Folk tranquille d’Arab Strap vient tromper le lourd silence, le silence du désert, celui qui résulte de la chaleur anéantissant les traces habituelles de vie. De temps en temps on peut entendre un hennissement rompre ce lourd rideau, ce sont les quelques ânes qui sont venu, à l’extérieur du compound, se frotter aux murs pour glaner la moindre parcelle d’ombre.
Le soleil a commencé sa course vers le sol, bientôt la fraicheur essayera de faire sa place tant bien que mal.

Demain, Lundi, nous retournerons sur le chantier pour surveiller l’avancée des travaux. Les murs de pierre sont montés presque jusqu’au niveau des linteaux. Nous allons bientôt couler le chainage, et déjà nous devons commencer à faire souder nos éléments de toiture.
Une certaine routine est installée. Les alertes sécurités, les prévisions catastrophiques, les négociations tendues font maintenant parti de mon quotidien. Quand je regarde en arrière je trouve inquiétant comme il a été simple et presque naturel de s’habituer à une situation extrême comme celle-ci. Comme on peut facilement s’habituer à voir des roquettes, des mitrailleuses, des bombardiers, à entendre des bruits de combat, à ce que les enfants se fassent enlever à 14 ans pour servir dans les groupes armés, à ce que des femmes se fassent violer hebdomadairement…
Toujours, le soir on revient dans sa petite pièce rassurante. Toujours, les soucis du chantier prennent le dessus.
Ca ne veut pas dire que l’on accepte, ni que l’on ne réagit plus, que ca ne nous fait plus rien, mais on s’habitue…

C’est seulement quand je prends le temps de regarder en arrière, de me souvenir de moments passés que je m’aperçois du fossé que j’ai franchi si rapidement.
Il faut croire que l’homme à une capacité d’adaptation remarquable. Mais ou est la limite avec sa capacité à accepter, à rester passif. De temps en temps, je me dis qu’il serait si facile d’ouvrir la main, de lâcher, de laisser filer. Il n’est pas aisé de choisir l’action à la passivité.

L’action, c’est bien d’en parler… Mais laquelle ? Etre actif dans nos société, est ce d’aller construire des écoles dans des camps de réfugiés ? Non, je ne crois pas, être acteur, c’est de savoir être à l’écoute de notre monde, de notre environnement. C’est de voir les gens vieillir, les situations évoluer, les sentiments grandir, sans laisser passer toutes ces choses.

En soit, il n’y a aucun intérêt de simplement s’engager dans un projet humanitaire comme je l’ai fais. Même, aucun mérite… Je crois que ma mission, comme celui de tout homme, c’est d’être à l’écoute de ceux qui nous entourent, d’essayer de les comprendre de les aider, de les soutenir quand ils en ont besoin…
Ce qui m’importe le plus, ce n’est pas ce que j’aurai construit à la fin de mon passage, mais plutôt comment je l’aurai fait, quelle trace j’aurai laissé.

J’hésite encore à mettre toute cette réflexion en ligne… Je n’ai pas l’habitude de me livrer ainsi… Mais loin de tous, c’est toujours plus facile…

Appel !

A Bahaï, le dimanche, je me suis mis à fréquenter la toute petite communauté catholique assez assidument. J’ai déjà parlé de mon bonheur de voir ces gens loin de leurs racines sans prêtre, se réunir envers et contre tout pour partager ensemble leur foi.
Pour l’instant je m’en étais tiré par quelques lectures, la répétition de la chorale (la c’était un piège) et quelques prières. A chaque fois j’ai été désigné volontaire par des amis…
Mais la…
Ca dépasse tout…
On m’a désigné pour faire l’homélie du Dimanche de Pâques !!!
La je ne m’y vois pas du tout.
Moi qui n’arrive presque jamais à en écouter une en entier…
Mais pas de moyen de se rétracter…
Je lance donc un appel à toutes les bonnes idées pour d’un coté trouver quelque chose à dire et de l’autre combattre ma panique grandissante….