samedi 28 février 2009

Le camp


Il est temps que je vous présente le personnage principal de cette histoire : le camp de réfugiés d’Ouré-Cassoni. Entre 19 000 et 27 000 habitants selon les sources, répartis sur trois zones : B, A et C. Ce découpage correspond aux différentes régions dont les refugiés sont originaires.
Chacune de ces zone est séparée par un grand espace vide qui sert pour la distribution des vivres toutes les premières semaines du mois et pour accueillir les terrains de foot.
Au cœur de chaque zone, un rectangle correspond à l’école. Chacune accueille, un hangar des femmes, un hangar des jeunes, plusieurs points d’eau ouverts le matin et le soir, un centre de distribution…
Les services de santé sont groupés entre les zones B et A, sauf le poste de santé sur la zone C.
Le matin, le convoi arrive sur le point de ralliement au sud du camp, ou l’on trouve aussi les hangars du PAM pour le stockage des vivres, le magasin IRC… et surtout le souk qui est le lieu ou l’on se rencontre, le lieu ou l’on mange, ou l’on trouve les commerces, ou il y a le plus de vie…

SAFIA vs ARDIA

Cette semaine, entre soleil, chaleur, tempête et fatigue, je n’ai pas eut beaucoup de temps, et encore moins d’énergie pour écrire sur le blog. C’est normal, je suis ici depuis un mois et demi, je crois que j’ai eu mon premier coup de flottement, j’espère pouvoir me reposer ce week-end pour repartir et rebondir.
De nouvelles forces, j’en aurai bien besoin, parce que la semaine qui vient pourrait bien s’avérer glissante, ou en tout cas révéler quelques nouvelles aventures.
Pour commencer, lundi, Wilfrid part en congé, je me retrouverai seul responsable des architectes de l’urgence sur Bahaï, seul responsable des chantiers, et seul à devoir gérer quelques dossiers délicats.

Je tiens à vous présenter les deux personnages principaux qui nous tiennent en haleine depuis quelques temps et qui nous réservent sans doute un final dramatique sous les feux d’artifices de Bahai !!
A ma droite, 30 ans de maçonnerie au Soudan, des petits poils de barbes hésitant entre blanc et noir, un crane dégarnis rarement mis à nu, un sourire finaud exaspérant, le genre de personne qui a toujours l’air de se foutre de vous (ce qui est a peu près le cas), filou entre le filou, vous venez de faire connaissance du chef d’équipe des mâcons : Ardia katyr Abddallah. (d’après mon arabe tremblotant et selon mes sources, Ardia Katyr signifie « arrête beaucoup ! »).Lors de notre première rencontre avec lui, il était enturbanné, dans sa djellaba, avec des lunettes de soleil, seul son sourire cynique ressortant, avachi en pacha dans un fauteuil. Au bout de trois jours de chantier nous étions énervés de ne pas le voir présent sur le chantier. C’est au moment ou nous nous apprêtions à aller protester auprès du maçon qui était notre interlocuteur, que nous avions découvert que c’était Ardia lui-même, il avait juste troqué sa Djellaba contre sa tenue de maçon et était devenu méconnaissable.

A ma gauche, une robe noir à fleures rouges, un voile vert, la dent de devant cassée (sur le chantier), le regard qui louche, insistante, la Rais des femmes responsables de notre approvisionnement : Safia.
Elle est toujours accompagnée de sa ribambelle colorée d’une trentaine de femmes prêtes pour tout travail que l’on pourrait leur donner. Trois enfants, un mari absent ou mort, elle ne se fait pas marcher sur les pieds. Quand on est sur le chantier elle ne nous laisse jamais sans nous accompagner, à essayer de nous porter notre marteau, de nous rendre service… C’est un personnage attachant mais quelque peut bornée. Elle a pour rôle délicat (ici, il y a du travail) de défendre les intérêts des femmes ouvrières de sa zone.

Je ne tiens pas à revenir en détail sur le conflit qui, comme vous allez le constater, réunit de force nos deux héros, de peur d’y passe ma nuit.
Tout problème vient d’un couac dans une négociation. Peut être les plus assidus se souviennent ils d’une difficile et longue négociation sur le prix de la main d’œuvre pour le chantier de la nouvelle école zone A. Finalement (simplifions, simplifions…) nous avions trouvé un accord pour trois équipes (une par zone) et trois chefs d’équipes. Mais quand nous avons voulu passer à l’acte, nous nous sommes aperçu que ces trois chefs d’équipes ne pouvaient pas se voir, il a fallu trancher et en choisir un : Ardia.
Pour commencer le chantier plus rapidement nous avions approuvé une proposition de Safia, de faire travailler les femmes pour creuser les fondations. Nous en avons parlé à Ardia, précisant bien que c’était lui le responsable de la main d’œuvre et que c’était à lui de la payer avec l’argent qu’on lui versait.

Est-ce que quelqu’un suit encore ? oui ? bon, je continue alors.

Mais ni l’un ni l’autre n’a fait l’effort pour se voir et fixer un prix au préalable, Les femmes ont donc commencé avant que la négociation ai eut lieu. Ayant flairé les problèmes, nous avons insisté pour qu’ils se rencontrent et discutent, mais ils ont persisté à fuir ce moment.
Aujourd’hui, les fondations sont creusées mais Ardia et Safia, que l’on a forcé à négocier n’ont toujours pas trouvé d’accord. Pour Safia, Ardia aurait dut négocier plus tôt, maintenant il faut qu’il paye, pour Ardia, il connait le prix du boulot et il ne veut pas payer plus. On a commencé par 250 000 Fcfa pour l’un et 120 000Fcfa pour l’autre. On en est arrivé après une semaine à 175 000Fcfa et 150 000Fcfa.
On leur a dit que nous devions donc cesser tout payement jusqu’à ce qu’ils trouvent un accord, et que Lundi, on tachera de régler le problème avec le Cheick de la zone A.
On trouvera un accord. Inch allah…

dimanche 22 février 2009

Une messe à Bahaï:

Dimanche matin, 8h30, une messe est organisée par la communauté catholique de Bahaï. Si nous sommes en plein pays musulman, la plupart des staffs des ONG viennent du sud du pays, régions principalement Chrétiennes (catholiques et protestants).
L’officiant porte une aube trop courte, les chanteuses à la voie nasillarde n’évitent pas les fausses notes, l’homélie grandiloquente, les « mes frères et mes sœurs » assenés avec conviction, la gestuelle appuyée qui accompagne…. On ne se détache sans doute pas d’un certain ridicule, mais cette petite communauté d’une cinquantaine de personnes est surtout profondément émouvante.
Ces chrétiens qui sont loin de chez eux, loin de leurs repères, de leurs traditions, éloignés de leurs familles, de leurs femmes, de leurs enfants, ces employés d’ONG ne forment pas une assemblée homogène ils ont des dialectes, des traditions différentes. Pourtant, tous, ils ont choisit de se réunir une fois par semaine ensembles. De former un groupe, de se réunir sous un bout de tente, dans le sable, au milieu d’une cour désertique.
Il n’y a pas d’église, pas de prêtre, et pourtant, ensembles ils ont formé une communauté ou ils se retrouvent. Chacun célèbre la messe à son tour, ils font venir les hosties consacrés d’Abéché, ils s’organisent pour l’animation, ils tournent pour l’homélie.
A la fin de chaque célébration, ils désignent les volontaires qui organiseront la prochaine.
Loin de chez eux, sans rien, sans prêtre, sans exemple, sans église, ils ont planté la tente et ont construit leur propre communauté, à leur image, avec leurs propres moyens.

Je suis assez admiratif de leur force, c’est moi un exemple incroyable. Etre capable de tout quitter pour pouvoir nourrir sa famille, puis être capable de se retrouver sans se poser de questions. Etre capable ce recréer une communauté à partir de rien, au milieu de rien, sans guide, sans structure, être capable de vivre sa foi de façon si simple.
Au delà de toute question religieuse, je pense que ces cinquante hommes et femmes m’ont donné une leçon de vie.

jeudi 19 février 2009

J’ai perdu mon chemin :

En tant qu’ex parisien, j’ai une certaine expérience pour remettre dans le droit chemin des brebis égarées :
« Vous prenez la 4, vous changez à Chatelet puis direction la défense »
« De rien mademoiselle »
Ou encore :
« you take euh… on your left, and after the second on the right euh… and… there is a church euh…Ok, well, follow me »
En tant qu’autochtone, je me faisais un devoir de renseigner du mieux que je le pouvais (même si je ne connaissais pas) ces touristes perdus dans les dédales de ma ville.

Mais je ne pensais pas avoir à indiquer le chemin deux fois de suite à Ouré-Cassoni. Nous faisons partie, Wilfried et moi, des quelques non soudanais à être présent au camp à ce moment la, et surtout nous sommes les deux seuls blancs. Il semble clair que nous ne sommes pas les meilleurs personnes à demander et pourtant…

L’avantage, c’est qu’ici, on demande son chemin de façon originale !

Méthode n°1
Tous les deux archi de l’urgence étions en chemin pour passer de notre chantier en zone C à notre futur chantier zone A. Une marche assez longue (le camp est grand) en plein soleil, nous étions absorbés dans nos pensées.
Au bruit, j’entends un véhicule arriver derrière nous et ralentir, les voitures sont plutôt très rares au camp. Je me retourne pour voir un pick-up remplis de torro borro, (les rebelles (JEM) contre le pouvoir soudanais). Une quinzaine de types en tenu de camouflage, la kalachnikov à la main, le pistolet à la ceinture entassé à l’arrière, la cabine remplie de quatre autres non moins dénudés d’armes. Les lances roquette sont accrochés à l’extérieur avec quelques munitions.
Le véhicule ralentit, je ne suis pas totalement rassuré, même si on a l’habitude d’en voir assez souvent. Nous continuons notre chemin l’air de rien. Il ralenti encore. Passe à coté de nous. Je détourne le regard me demandant ce qu’il se passe. Puis il s’arrête à notre hauteur. Les choses semblent claires. Il n’y a personne d’autre dans les parages. Le chauffeur nous accoste. Il parle Anglais. Nous nous retournons aimablement :
« excuse me, do you know where is the hospital please ? »
Les militaires dans la cabine sont très souriants et le ton de leur demande est très apaisé. La peur est passée, je peux souffler et garder un sourire en coin : ce n’est pas tous les jours que des rebelles soudanais armés jusqu’aux dents me demandent leur chemin.
Bien sur je leur répondis dans mon anglais irréprochable.

Méthode n°2
Toujours sur la même route, le lendemain, ce fut au tour de mon idole de me demander son chemin. Tout le monde a évidemment deviné à qui je fais allusion…
Non ce n’est pas Mya Farrow qui est en visite au Tchad et devait venir à Bahaï avant d’annuler, non ce n’est pas Georges Clooney qui est en ce moment à 200 km d’ici et qui est un des donateurs pour le camp de Bahaï.
Non je parle d’un personnage plus important !!!
Un dromadaire ! chargé de marchandises venues certainement du Soudan. Ou plutôt son cavalier qui venait s’enquérir auprès de moi du chemin du marché.

Et oui, je ne me suis permis de photographier ni les rebelles, ni le dromadaire. Mais quelque chose me dit que la prochaine fois que l’on me demandera son chemin à Paris, je risque de trouver ca bien peu original…

mercredi 18 février 2009

Wilfried et moi, avons l'honneur de vous faire part la naissance d'un nouveau chantier. L'événement aura lieu dans l'école zone A du camp d'Ouré-Cassoni.
Vous êtes bien sur tous invités pour partager notre joie!

lundi 16 février 2009

Point culinaire :


J’ai déjà évoqué, ici même, le « coupé-coupé ». Le principe est un petit bouiboui qui sert de la viande coupée en petits morceaux grillés sur une plaque métallique au dessus du feu.
La viande est accompagnée de la garniture locale, c'est-à-dire de l’oignon cru, de sel, de piment et d’une rondelle de citron.
Il y en a plusieurs au marché du camp, je vous joins les photos de quand Adoum, un chauffeur de camion, nous avait invité.
Malheureusement, nous avons rarement le temps d’y manger.
Le « coupé-coupé » permet de changer de la viande bouillie, c’est vraiment chouette (sauf quand la viande proposée est des tripes de chèvre…). On mange tous ensemble autour du plat, attrapant de notre main droite, un morceau de viande que l’on trempe dans le piment avant de l’avaler.
On fini toujours par trouver le moyen de se faire plaisir avec des produits locaux. J’ai dégoté, d’ailleurs, un petit vendeur de jus de goyave assez incroyable dans une région ou l’on ne trouve pas un fruit.
Dans la petite cahutte à l’entrée du souk, un soudanais peut nous sortir de son seau sous son établit….. de la fêta de chèvre !! Sans doute le seul fromage existant dans toute la région !

C’est la fête au village.

Incroyable !! Une fête !
Par dérogation nous avons le droit de sortir après 20h ! C’est ma deuxième sortie à Bahaï après un repas au HCR en l’honneur de nos bailleurs, il y a deux semaines.
ACTED, une ONG qui s’occupe notamment de la distribution des vivres au camp, fête ses quatre ans à Bahaï.
Les grosses fêtes made in Bahaï : c’est très rigolo. Je me suis aperçu que leur organisation est très rodée.

Nous sommes tous obligés, ici, de faire un peu de politique. La situation tient en équilibre sur peu de chose, les différentes personnalités ont énormément de pouvoir. Il ne faut pas commettre d’impaire.

Ce samedi nous sommes parti sur le camp avec Wilfried et notre nouvel employé Joël. C’est exceptionnel car ça ne se fait habituellement pas. Pour le retour nous avons profité d’une voiture d’ACTED qui venait (sous escorte toujours) à Ouré-Cassoni spécialement pour embarquer les leaders du camp (les Cheick) afin de les inviter à leur fête.
Nous nous sommes donc retrouvés dans une voiture entourés de ces Cheick soudanais très dignes dans leur djellaba et sous leur turban, la cane à la main. Situation plutôt incongru.

Outre les autorités du camp, les représentants de l’état Tchadien étaient invités aussi (tout le monde s’en méfie, ils sont capable de tout) ainsi que tout le personnel humanitaire de la ville.

Dans la cour, trois rangées de chaises formant un U dont le dernier coté était fermé par le buffet (un méchoui, et oui..). 200 personnes attendent en silence assises sagement, toutes sur leur 31 (tenues différentes selon les origines). La soirée commence à … 18H !
Dans ce grand silence le cérémonial commence par les traditionnels discours. En Afrique, un discours est toujours surprenant, très théâtrale, ponctué de proverbes (qui la plupart du temps ne veulent rien dire) de remerciements à rallonge. Tout le monde se succède, le maitre de cérémonie, le Field coordinateur, un leader du camp, le sous préfet, le doyen, le responsable HCR…

Mais le moment fort est toujours le repas. Tout le monde se précité avec fougue sur le buffet, dévalise, dévore… Puis, bien rassasiés, la plupart s’en vont, satisfaits. Il est vingt heures. La cuisine est vidée, la musique peut commencer. Les danses alternent entre musique africaine à la mode, « coupé décalé », musiques traditionnelles. Pour moi, c’est une grande déception, je m’attendais voir tout le monde danser, une foule surexcitée. Mais non. Seulement une vingtaine de personnes font honneur à la piste de danse (sable bien sur) tous essayant d’obtenir une danse de l’une des deux femmes blanches de la soirée.
21h30 la soirée est finie tout le monde va se coucher.

Il parait que les fêtes sont toujours comme ca, sauf que de temps en temps les danseurs peuvent être beaucoup plus nombreux et rester beaucoup plus longtemps…

dimanche 15 février 2009

La chèvre quand ca vous gagne :

Le matin, notre cuisinière, répondant au doux nom d’Opportune, nous prépare, un jour sur deux, des beignets ou des pan cake à l’africaine. Ils sont exellents malgré la demi tonne d’huile accompagnant chaque bouchée, et les éventuels grains de sable.
J’ai même découvert un vieux pot de Nutella pour l’accompagnement à la suite d’une mésaventure avec un pot de confiture qui s’était avéré périmé depuis 2007.
Les beignets frits, c’est le petit déjeuner africain pour les expatriés.

Une fois arrivés au camp, notre première activité est toujours la visite du chantier. Nous regardons, conseillons, discutons, éventuellement nous participons. La tradition veut qu’entre 10 et 11h, les ouvriers soudanais prennent un deuxième petit déjeuner, un casse croute. A chaque fois, il nous invite à se joindre à eux pour partager leur repas. C’est une invitation non négociable (pour une fois…) qu’il ne nous est pas permis de refuser. La fois ou l’on n’a pas participé, occupés que nous étions avec un problème d’eau qui ne pouvait pas attendre, ils nous ont fait comprendre sans détour qu’il ne fallait pas recommencer !!
Une autre fois, ils nous ont appelés alors que nous étions en train de poser une fenêtre avec deux manœuvres. On essaie de leur faire comprendre (avec des gestes) qu’il faut que l’on accroche la fenêtre avant, sinon nous risquons de perdre tout le travail de mise à niveau que nous avions fait. Mais le temps que nous nous retournions pour prendre un marteau, les deux manœuvres avaient posé la fenêtre ailleurs sans vergogne réduisant à néant notre travail. Nous n’avions pas encore compris. Quand c’est l’heure de manger il faut manger. Point. C’est pourtant simple !
L’inconvénient de ce petit déjeuner supplémentaire, c’est que l’on se voit obligé de manger, à 10h du matin, une bouillie, le plus souvent à base de tomates et d’oignons crus, 2 heures après nos beignets du matin.
Nous sommes invités à nous accroupir tous ensemble autour d’un plat, de prendre un morceau de pain (le pain spécial Tchad que je prendrai en photo un jour), d’en tremper des morceaux et de s’en servir pour attraper des morceaux et les mener à notre bouche (en France vous pouvez demander à Gaétan, c’est un spécialiste…). Bien sur quand le pain est fini, ils nous en imposent un nouveau, et si par malheur l’un de nous s’arrête avant la fin, ils nous font la tête.
Quand le départ est donné, c’est un vrai concours de bruits de mastication qui est lancé, à celui qui fait le plus de « slurp ». C’est étrange comme notre culture européenne nous a déshabitué : ce bruit pourtant assez naturel, nous le remarquons très rapidement et il nous choque dans nos habitudes.

Ce moment est, en fait, très conviviale, c’est très avenant de leur part de nous inviter à partager leur repas. Les précédents architectes de l’urgence n’étaient, elles par contre, jamais invitées : un homme ne peut jamais partager son repas avec une femme… Je reviendrai surement sur le sujet de la position des femmes car il me tient à cœur.

De temps en temps, ce deuxième petit déjeuner peut s’avérer être un cauchemar. Quand j’ai bien mangé déjà, que en plus j’ai des problèmes gastriques (et oui ici ca arrive) et que je dois manger à 10h un plat d’intestins de chèvre fraichement égorgée mélangé avec des oignons crus, c’est très très dur. Dans ces cas, on se regarde avec Wilfried, puis on se lance. La tactique est de manger lentement avec des bouts de pain suffisamment petits pour ne pas finir son morceau avant la fin, sinon on se retrouve avec un nouveau pain à finir entre les mains.

Hier, nous avons expérimenté le triple petit déjeuner. Un premier à la base (nos beignets), un deuxième, invités par le directeur de l’école, à 10h, et le troisième à 11h invités par nos ouvriers.
D’un autre coté, nous trouvons rarement le temps de déjeuner à midi. Le matin, j’ai le ventre plein à ne plus pouvoir rien avaler, l’après midi, j’ai le ventre vide à entendre mo, estomac se tordre…
La vie n’est vraiment pas équilibrée.
La preuve : certains ont trop froid (vous, parait il), d’autres trop chaud (moi, et ce n’est qu’un début).

mercredi 11 février 2009

La tempête:

Je me lève ce matin, dans la cour, je sens un petit vent, je vois le sable se lever au loin. Quand j’ouvre le portail pour me retrouver face à ces grandes étendues qui font le paysage ici, une grande bourrasque de vent me saisit agrémentée d’un petit gout piquant de sable. En réponse, je fais comme tout le monde et me passe mon turban autour de la tête pour me protéger.

En attendant le convoi le vent forcit, il commence même à faire un peu froid. Je suis en chemise avec ma saharienne, mais nos collègues tchadiens, congolais, ivoiriens… sont sortis avec leurs grosses doudounes, leurs écharpes leurs cagoules de laine, leurs polaires. Une vraie collection de vêtement d’hiver. Tous les jours leur grosse appréhension, c’est le froid (pas moi…). Ils sont terrorisés à cette idée.

Une fois la ligne de Qx4 lancée au ralenti, le vent se met encore à forcir, le sable se lève. Plus on approche du camp moins on y voit, le convoi est obligé de ralentir.

A la descente des voitures, c’est une vraie tempête de sable, impossible de regarder en direction du vent, il faut lutter pour avancer. Le sable pique le visage, les bras. On distingue à peine les maisons de terres derrière ce rideau de sable. Il emble courir sur le sol par bourrasque, des vaguelettes se forment.

Mais pas question d’arrêter le boulot, la visite de chantier a lieu, on évite juste de poser des tôles à ce moment. Avec Wilfried, on a aussi un métrage du poste de santé à faire. Au fur et a mesure, ou je prends des notes le sable recouvre ma feuille.

A la fin de la journée, on en a de partout, on en a mangé, on en a dans le nez, on a les yeux qui pleurent qui piquent, les voitures peinent à retrouver la piste ensevelie, la douche est plus que jamais bénite.

Mais il parait que ce n’est rien, d’habitude à Bahaï, c’est pire.

C’est ce que l’on entend toujours : le vent ? le pire c’est à Bahaï. La chaleur ? Le pire c’est à Bahaï. Le froid ? Le pire c’est à Bahaï. La nourriture ? Le pire… Les refugiés ? Les pires…

Il n’y a que du point de vue de la sécu que le pire est ailleurs..

Les histoires qu’ils aiment tous te raconter, c’est le chef de mission IRC qui arrivé à N’Djamena entend parler de Bahaï et prends peur. Arrivé à Abéché, il entend encore parler de Bahaï et cette fois décide de repartir sans même être arrivé jusqu’ici.

Ou alors l’histoire des expatriés qui ont tenu quinze jours, trois semaines…

Il ya un mythe qui est entretenu sur Bahaï.

Mais je vous rassure, pour l’instant, je m’y sens pourtant très bien. Inch Allah !

mardi 10 février 2009

Dromadaires:

Je pense bien que ne captive pas que j’écrive sur les dromadaires aujourd’hui, mais je vais le faire quand même pour deux raisons :
1. Parce que je trouve que cet animal a une élégance rare, et que j’en suis complètement fou !
2. Parce que c’est moi qui décide. Et oui, au contact de ce pays, j’apprends jour après jour l’esprit de la dictature et la loi du plus fort.

Le matin en allant travailler, je vois des dromadaires, le soir en revenant je vois des dromadaires, la journée, je croise des dromadaires, des dromadaires qui mangent des feuilles dans les arbres, des dromadaires qui broutent, des dromadaires qui marchent, des dromadaires qui dorment, des tout seuls, des montés, des en groupe, des qui courent…

Face au soleil, l’horizon rejoint un immense aplat bleu ausol couleur chaude qui se déroule à l’infini, une platitude à peine tacheté de quelques ombres d’arbres perdus. Lassitude, mais au loin, là bas, des taches sombres se détachent. Par leur finesse, par leur taille, déjà on devine la silhouette. En se rapprochant, on découvre l’élégance, la dignité, on remarque la démarche tranquille, imperturbable de cet animal. On a l’impression que cet instant pourrait durer une éternité, que rien ne peut avoir d’impact sur ce couple si harmonieux du dromadaire et de son cavalier. Parce que la particularité de cet animal est sa contagion.

Il a le pouvoir de transmettre à l’homme qui le monte, quel qu’il soit, cette image intemporelle, cette force tranquille qui le définit. Tout homme est digne sur cet animal.
En s’approchant, la finesse de ses quatre longues et fines pattes font douter de leur capacité à porter son corps massif et son cavalier. Son long coup est dans la continuité de la courbe de sa bosse et se termine par cette tête posée telle une crosse à une canne.

Justement cette tête au bout de ce coup allongé, toute en pointe terminée par cette gueule et ce nez colossal, on a l’impression que le dromadaire pousse son détachement à se foutre de nous sans arrêt.








Cet animal est tout en courbe, quand il baisse la tête pour brouter, son coup prolonge sa bosse jusqu’au sol, quand il grignote dans les arbres, les pates en arrière, le coup à la verticale, tout son corps semble former une seule et même ligne de force.

Je ne suis pas en arrêt, je pourrai continuer, mais je vous épargne.
Il m’envoute encore à chaque fois que je le vois. Il y en a un tout blanc que l’on croise sur la route de temps en temps, je l’imagine être roi des dromadaires regnant sur ce plateau aride.
Au Tchad on les appelle le « ministère des transports », car c’est un animal tellement tranquille que même quand on arrive en camion, s’il est sur la route, il ne bouge pas, il contrôle, il reste imperturbable.
Cette fois je m’arrête vraiment.

samedi 7 février 2009

Négociations

Des négociations.

Ce n’est pas un mot à prendre à la légère, tout doit commencer par des négociations. D’ailleurs, il ne faut jamais croire que chose négociée est chose acquise, tout se renégocie (à la hausse uniquement bien sur). Pour négocier, les deux règles de bases :

1-Ne surtout pas faire partie d’une ONG (elles sont censées avoir du fric et être généreuses)

2-Ne surtout pas être un européen blanc (Il est censé avoir du fric et être un bon pigeon)

Wilfried et moi, nous cumulons les tares pour être de bons négociateurs. Pourtant les budgets sont serrés. Budgets qu’il faut aussi négocier, mais avec nos bailleurs, combat très différent.

En ce moment, nous sommes en négociation avec IRC (gestionnaires du camp) pour finir notre bâtiment de trois classes (en travaux) et en construire un autre (en préparation). Nous sommes en négociation avec UNICEF pour poursuivre sur d’autres écoles, nous sommes en négociation avec le HCR (Haut commissariat aux refugiés) pour un projet d’abris, nous sommes en négociation avec nos maçons pour le prix de la main d’œuvre du prochain bâtiment (la bataille est dure mais on approche du but), en négociation avec les femmes pour le prix du sable, du gravier, de la pierre, en négociation avec la GTZ (ONG qui fournit les camions) pour nos transports, en négociation avec la quincaillerie du lac pour le matériel, en négociation avec les maçons pour le premier payement, en négociation, en négociation, en négociation…

Je vous fais grâce des dizaines de lignes qui auraient pu suivre….


Malgré tout, le bâtiment en cours avance (même si le contrat n’est pas fini d’être négocié avec les bailleurs). Les linteaux des fenêtres sont coulés, le chainage est en cours et la charpente est prête à accueillir les tôles.

Pour le prochain bâtiment, on pense pouvoir avoir une équipe de quinze maçons pour 3 500 000Fcfa (inch Allah). Les travaux commenceront peut être la fin de semaine prochaine (ca dépend de la négociation en cours avec IRC et du camion de matériaux qui doit traverser le pays d’est en ouest).

Vous avez compris, les négociations prennent du temps, mais je vous raconterai peut être dans un autre mail, les difficultés « politiques » qu’elles peuvent amener. Ici, on ne rigole pas avec la parole dite. Ca peut amener jusqu’au coup de couteau ou de kalachnikov… Pas de semi mesure dans ce pays…

vendredi 6 février 2009

DGV

Non, non, ce n’est pas le nouveau train à grande vitesse Tchadien (il n’y a pas, d’ailleurs, un millimètre de rail dans le pays). C’est une des nombreuses abréviations du jargon humanitaire : Distribution Générale des Vivres.
Lundi, des dizaines de camions Libyens arrivent, escortés par la redoutable armée Tchadienne.

Certains passent leur route pour alimenter les autres camps du nord, et d’autre s’arrêtent au camp d’Ouré-Cassoni. Deux à trois semaines plus tard, ils accompliront la traversée du Sahara en sens inverse chargés de troupeaux (le sud Ennedi et le nord Ouaddaï sont des régions d’élevage).
Ici, c’est le point de départ donné à une semaine intense de DGV. Un grand entrepôt à l’entrée (tente+barbelés+gardiens), trois centres de distributions, un par zones, 27 000 réfugiés munis de leurs précieuses cartes de ravitaillement, des dizaines de journaliers Tchadiens, des femmes partout, des voiles colorés, des enfants, ca va ? ok, what’s your name, des ânes….
C’est le tumulte, le camp grossis, des femmes arrivent de partout sur leurs ânes. Encore un moyen de s’apercevoir, que la population, du moins la population travailleuse, ici, ce sont des femmes, des enfants et des ânes.



Il y a un point de distribution par zone, les femmes rentrent à l’appel de leur nom, font la queue, présentent leurs badge et remplissent leurs sac de farine, huile, mile… pour un total calculé à 3 000 calories par jour.

Mais DGV signifie aussi réquisition de tous les camions, occupation des femmes (elles doivent attendre toute la journée) et pour nos chantier c’est un problème. Pas de femmes, pas de camions = pas de sable ni de gravier, pas de livraison = pas de ciment, pas de matière première.
Seule solution : anticiper !
On ne s’en est pas trop mal sortis (une demi-journée d’interruption de chantier) et dés vendredi on relancera le ramassage.
Au mois prochain pour la prochaine DGV !!

jeudi 5 février 2009

Point météo.

En Europe, nous avons l’habitude de dire : il suffit de regarder les nuages pour connaitre le temps. A la météo, on nous explique les prévisions du lendemain par une carte des nuages. Ici, il n’y a pas de nuage, le ciel est toujours le même, rien ne sert de lever les yeux au ciel.

Pourtant, le temps est changeant, les températures peuvent varier violemment, le vent est capricieux. Quand on se couche on ne peut savoir le temps du lendemain.

De toute manière, même quand il fait relativement frais (grâce au vent) le soleil tape, et les européens tous blancs se font avoir.

Résultat : j’ai bien rougi hier. De très sympathiques New Yorkaise m’ont d’ailleurs déclaré que je leur servais de phare pour se repérer dans l’obscurité du compound…