Je me lève ce matin, dans la cour, je sens un petit vent, je vois le sable se lever au loin. Quand j’ouvre le portail pour me retrouver face à ces grandes étendues qui font le paysage ici, une grande bourrasque de vent me saisit agrémentée d’un petit gout piquant de sable. En réponse, je fais comme tout le monde et me passe mon turban autour de la tête pour me protéger.
En attendant le convoi le vent forcit, il commence même à faire un peu froid. Je suis en chemise avec ma saharienne, mais nos collègues tchadiens, congolais, ivoiriens… sont sortis avec leurs grosses doudounes, leurs écharpes leurs cagoules de laine, leurs polaires. Une vraie collection de vêtement d’hiver. Tous les jours leur grosse appréhension, c’est le froid (pas moi…). Ils sont terrorisés à cette idée.
Une fois la ligne de Qx4 lancée au ralenti, le vent se met encore à forcir, le sable se lève. Plus on approche du camp moins on y voit, le convoi est obligé de ralentir.
A la descente des voitures, c’est une vraie tempête de sable, impossible de regarder en direction du vent, il faut lutter pour avancer. Le sable pique le visage, les bras. On distingue à peine les maisons de terres derrière ce rideau de sable. Il emble courir sur le sol par bourrasque, des vaguelettes se forment.
Mais pas question d’arrêter le boulot, la visite de chantier a lieu, on évite juste de poser des tôles à ce moment. Avec Wilfried, on a aussi un métrage du poste de santé à faire. Au fur et a mesure, ou je prends des notes le sable recouvre ma feuille.
A la fin de la journée, on en a de partout, on en a mangé, on en a dans le nez, on a les yeux qui pleurent qui piquent, les voitures peinent à retrouver la piste ensevelie, la douche est plus que jamais bénite.
Mais il parait que ce n’est rien, d’habitude à Bahaï, c’est pire.
C’est ce que l’on entend toujours : le vent ? le pire c’est à Bahaï. La chaleur ? Le pire c’est à Bahaï. Le froid ? Le pire c’est à Bahaï. La nourriture ? Le pire… Les refugiés ? Les pires…
Il n’y a que du point de vue de la sécu que le pire est ailleurs..
Les histoires qu’ils aiment tous te raconter, c’est le chef de mission IRC qui arrivé à N’Djamena entend parler de Bahaï et prends peur. Arrivé à Abéché, il entend encore parler de Bahaï et cette fois décide de repartir sans même être arrivé jusqu’ici.
Ou alors l’histoire des expatriés qui ont tenu quinze jours, trois semaines…
Il ya un mythe qui est entretenu sur Bahaï.
Mais je vous rassure, pour l’instant, je m’y sens pourtant très bien. Inch Allah !

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