samedi 31 janvier 2009

Téléphone portable:

Pour tous ceux dans le monde qui se sentent les plus puissant avec leurs portables, que dites vous de ça ? Pour un mec qui n’avait même pas de téléphone il y a quelques mois, c’est une vraie déchéance. Rassurez vous je ne les utilise pas pour autant (sauf la radio).
Téléphone portable (pas de réseau ici)
Chargeur
Téléphone satellite
Batterie de rechange
Chargeur
Radio : Bravo Zoulou Hôtel 3
Socle de radio
Chargeur
Et je ne vous parle pas des mails (3 adresses), des blogs, de Messenger et de skype.
Alors le prochain qui vient me dire que je ne suis pas à la page !!

Négrier:

Et oui, tel est mon nouveau job !

Je me suis retrouvé, ce matin, seul, en plein désert, à faire travailler une dizaine de femmes, à remplir des seaux de graviers à charger dans un camion. Le tout en plein soleil ! Et je les ai payé l’équivalent de 1,5 euros chacune !

Ce moment pris au vol peut faire peur…

Un retour en arrière s’impose : Hier, ou l’on a commencé la journée avec pour mission de ramasser du gravier pour notre béton.

On a rendez vous avec les femmes de la zone C qui ont déjà travaillé avec nous auparavant. Elles sont la, à nous attendre devant le chantier, une vingtaine, avec des voiles de toutes les couleurs, assises par terre ou sur les marches du magasin à discuter.


A l’aide de Adam Souleymane, leader zone, C, du directeur de l’école et de notre chauffeur de camion (je vous passe les problèmes que l’on a eut pou se procurer le camion pour la journée) nous essayons de leur expliquer que nous voulons une seule interlocutrice. Awa est désignée en tant que la plus ancienne du groupe. Nous lui expliquons avec beaucoup de difficultés que nous voulons acheter 10 barils de gravier pour 20 000 FCFA, qu’elle prend le nombre de personne qu’elle souhaite, que nous fournissons les outils, que l’on les emmène sur la carrière et qu’elles doivent préparer des tas que nous viendrons charger demain.

Au bout d’une heure de discussion ou tout le monde s’en mêle mais personne ne comprend rien, nous avons espoir que le message est passé.

Mais quand vient l’élaboration de l’équipe, Awa ne peut choisir parmi les 20 femmes présentes.

Résultat des courses : 10 femmes pour préparer le gravier et 10 autres pour le ramasser, alors que 6 femmes en tout aurait put suffire, mais elles veulent toutes du travail. Plus elles sont nombreuses moins elles gagneront d’argent. Mais elles ne veulent rien savoir.

Ce matin, je viens les rechercher en camion pour charger le gravier. Tache qui me semblait simple. Quand j’arrive elles sont 35 à attendre !!

Awa est incapable de faire un choix. Elles se disputent, il n’y a rien à faire. Je les fais toutes descendre du camion et je vais chercher le leader.

J’interromps le match de foot des scolaires pour débauché Adam Souleymane qui s’était improvisé l’espace d’une mâtiné arbitre de foot.

Grosse voie, charisme, ici les femmes n’ont pas grand-chose à dire contre l’autorité masculine. 10 femmes montent dans le camion et nous voila parti pour aller ramasser les graviers.

Dans les camps, les femmes sont considérées comme la cinquième roue de la charrette. Pour la distribution des vivres, pour la répartition des richesses, pour les postes valorisant, pour l’éducation. Elles passent après les hommes, après les enfants males. L’influence musulmane fait que les seules femmes autorisées à travailler avec nous sont celles sans maris (célibataires, veuves (beaucoup ont perdu leurs maris au Darfour)). Ce sont celles qui ont le plus de mal à subsister car sans homme elles n’ont pas de droit.


certaines ont des enfants à charge.

Au Soudan, de toute manière, même au sein des familles, ce sont les hommes qui on le pouvoir, mais les femmes qui travaillent, les femmes qui construisent leurs maisons, les femmes qui élèvent les enfants, les femmes qui gardent les élevages. La primauté indécente (de notre point de vue) de l’homme sur la femme dans cette société, est renforcée par un simple fait: Ouré-Cassoni est un camp de femmes et d’enfants car la majorité des hommes sont occupés à faire la guerre, ils ne sont pas la, ils font parti des différentes rebellions Soudanaises.

Bref, nous représentons, avec nos chantier, un des seuls lieux d’embauche possible pour elles (même si les humanitaires font attention à ces problèmes de mixités), mais nous n’avons pas du tout assez de boulot pour toutes.

De nombreuses femmes viennent sans arrêt nous solliciter et nous devons, le plus souvent refuser.

Nous refusons aussi de choisir celles qui pourront travailler pour nous, nous pensons que ce n’est pas notre rôle.

Pour nous, il est très frustrant de ne pouvoir faire plus, et nous sommes coincés d’autre part par la nécessité de réaliser ces écoles si nécessaires.

mercredi 28 janvier 2009

Ma journée au camp:

Hier soir, quand nous nous sommes couché, Wilfried (le 2ème archi de l’urgence, responsable de base) et moi, nous avions dans l’idée d’une part, de terminer de rapatrier notre matériel de fort IRC à un magasin que nous avons improvisé sur le chantier de l’école à finir sur la zone C. D’autre part nous avions prévu d’aller à la réunion, que nous avions eut du mal à organiser, avec les leaders (les représentants des réfugiés qui ont un poids prépondérant) des trois zones pour nous présenter et mettre les choses au point.

Ce matin, à 6h30 j’ai été réveillé de façon insolite par une chèvre chevrotante qui venait passer la journée dans notre cours et que j’ai recroisé ce soir dans mon assiette. J’ai néanmoins trouvé le moyen d’être en retard et d’expédier mon beignet et mon café pour m’asperger de produit solaire, attraper ma radio et arriver pour 8h15 devant le HCR ou nous attend le convoi. (Une quinzaine de 4xQ et une voiture de militaires). On est monté dans le scania (camion tout terrain), dans lequel nous avions chargé le matériel la veille, avec notre ami, Adoum, le chauffeur. Quarante minutes de trajet à travers le wadi, et des étendues à perte de vue ou paissent (un grand mot quand il n’y a que du sable) ânes, moutons et dromadaires.

Une fois au camp, on s’arête pour négocier trois dockers qui nous aiderons à décharger sur le chantier. On arrive à l’école, au milieu d’un attroupement d’enfants toujours très enthousiastes à l’idée de venir nous voir, nous, les nassaras. Commence le déchargement en plein soleil, tôles, poutrelles métalliques, brouettes… vérifier que les dockers fassent un minimum attention à leur sécurité, compter, noter… Tout ca en arabe évidemment…
Le directeur de l’école vient observer et surveiller l’opération.

A la fin de matinée nous sommes repartis sur le camion en passant déposer un sac de ciment au centre de santé, des dattes, du tissus, des soutien gorges et des sacs à main dans le centre des femmes…

Mais déjà nous sommes dans notre réunion au sommet qui risque d’être houleuse. On nous à fait comprendre que si nous arrivions les mains vides, ce serait très mal vu. Nous passons donc au marché acheter une palette de Pepsi, puis on en profite pour remplir une bouteille d’essence pour la peinture.
A 12h00 on est au point de rendez vous à attendre les Cheiks, à appeler Saad, le traducteur, à la radio :
« Bravo Golf Juliette 6.4, Bravo Golf Juliette 6.4 pour Bravo Zoulou Hôtel unité (x3) »
« Bravo Golf Juliette 6.4 canal 11 »
« canal 11 mooving »
« Bravo Golf Juliette 6.4 tu m’entends ? »
« Bien reçu. Ton message ? »
« Quelle est ta position ? »
« J’arrive »
« Ok terminé »

Une table dans le hangar de distributions, six Soudanais très dignes, sourires enfouis très loin au fon d’eux, lunettes de soleil, cannes, chemises bien coupées, Chèches, appuyés sur leur dossiers. Pas un mot. Le traducteur arrive, enfin, nous avions fait des essais en anglais mais sans beaucoup de succès. Sur la table les canettes, à coté de nous le camp manager et les directeurs d’écoles. Comment on fait des réunions ici ? On n’en sait rien. On essaye de lancer, de se présenter, de noter leurs noms (pas une tache facile).
Naturellement, un d’entre eux prend la parole. Tous se taisent. Il parle, Saad traduit, ainsi de suite pendant dix minutes. Il assène ses mots, utilise les mains, mais reste très droit, très solennel. Dans son discours aussi. Il commence par remercier Dieu miséricordieux, puis nous, les européens, qui venons de loin pour son peuple. Puis les reproches. Les vielles histoires qu’on ne connait même pas mais dont nous devons porter les conséquences, les rancœurs, puis les directives, les demandes.
Quand il a fini, son voisin prend la suite : béni soit Dieu, merci à vous, vous êtes en faute…
Dieu soit béni, il n’y avait que 6 leaders sur les 9. Les Pepsi sont les bienvenus. Puis c’est à nous de parler. Même chose. Une phrase, une traduction… pas d’interruption pas de commentaires.
Apres la parole leur revient.
Et c’est reparti pour les six.
Heureusement Dieu n’est bénis qu’une seule fois pour toute.
Conversations, négociations, impératifs.
Respect, confiance sont les maitres mots. Nous verrons bien par nous-mêmes ou ca nous mènera.

Mais en plein milieu de cette réunion, une interruption soudaine. Un général de la Minurcat (force de l’ONU pour la Centrafrique et le Tchad, des casques bleus quoi) entouré de hauts pontes des nations unis. Sirènes, branle bas de combat, visite surprise avancée d’un jour.
Les leaders et les huiles de l’ONU se réunissent. Notre guide change de main. Et c’est reparti pour les discours les Dieu bénis, les traductions… Le général, impatient tente une interruption de la séance avant que le dernier leader ai parlé. Mais que Nenni, il ne croyait pas s’en sortir comme ca !!

Les militaires partent, notre réunion peut se finir tranquillement sur des Cukran Katyr, thank you, merci beaucoup, des mains à serrer.
Finalement nous sommes plutôt contents de la confrontation, nous avons senti les leaders impliqués mais les ressources humaines semblent complexes.

Notre camion nous ramène à Fort IRC à toute bringue.
Un autre marathon nous attend. Nous avions pensé nous en sortir avec des facturettes et des contrats faits nous même. C’était sans compter sur les américains d’IRC. Apres la nage dans la complexité hiérarchique et sociale, c’est la noyade dans la complexité administrative. Pour louer un Docker une heure, quatre papiers à remplir, pour acheter un cadenas, deux…
La, on ne voit pas comment on va s’en sortir si pour acheter la moindre chose il faut remplir 4 A4, qu’il faut demander du liquide 150 euros par 150 euros…
Puis il nous faut imprimer un contrat pour un gardien que l’on a embauché. Premier bureau, ou on nous dit d’aller aux RH, la le contrat s’avère mal fait, retour dans le 1er bureau qui nous accompagne de nouveaux aux ressources humaines, attente de l’impression du contrat (on est tombé le jour des payes). Mais une fois le contrat reçu, ce n’est pas fini, il faut le ramener au 1er bureau qui va le faire signer par le responsable éducation, puis il faut le ramener aux RH qui va chercher un tampon à la finance pour nous tamponner notre contrat… Ouf !!!
On fuit !!!

Fini l’administratif, on y a passé 2 heures. Retour à la maison, on sort nos ordis, puis boulot : mails comptes rendu, listes…

Pffffff… douche méritée, repas vite avalé (de la chèvre) et direction la chambre…
A Bahaï, je crois que les journées comptent double..

lundi 26 janvier 2009

Point météo

Pour la première fois, il fait gris. Mais je rassure tout le monde, il n’est pas question de pluie, ni de nuage d’ailleurs. C’est juste le vent qui soulève les plus faibles particules de sable et qui nous cache le ciel. A Bahaï, il pleut 4 à 6 fois par an, et c’est en Aout. D’ailleurs je vous joins la photo du Wadi, la grande rivière qui fait la frontière avec le Soudan.

dimanche 25 janvier 2009

Première journée au camp de réfugiés :

Début Décembre 2008, j’apprends que je vais travailler sur un camp de réfugié, j’essaye, à ce moment, de mettre une image sur ce mot. Qu’est ce qu’un camp de réfugié ? comment est ce ? C’est difficile à appréhender, on se rattache à des images télévisés, on s’imagine des tentes blanches alignés, des clôtures, des militaires des camions plein de nourriture…
Pendant que je me rapprochais inéluctablement (N’Djamena, Abéché, Bahaï…) de ce camp, cette image flou laissait, petit à petit, la place à des réalités plus concrètes. Aujourd’hui pour la première fois j’ai pu parcourir ce lieu qui est mon nouvel environnement de travail.

Pour commencer, il n’ya pas un réponse à la question « qu’est ce qu’un camp de réfugiés », ils sont tous différents selon leur situation. Ouré-Cassoni ressemble certainement beaucoup plus à une petite ville africaine qu’à un camp militaire. Les 27 000 habitants (estimation car ils ont refusé de se faire recenser) sont répartis sur trois zones, A,B et C. Chaque zone est séparée par un grand vide qui sert pour les distributions de vivre (toutes les premières semaines du mois) et pour les centres de santé. Au cœur de chaque zone on trouve un terrain rectangulaire qui correspond à l’école. A partir de cette organisation les habitations sont disposées aléatoirement pour former des quartiers (le quadrillage d’origine a disparu).
Il n’y a aucune clôture, plusieurs routes, plusieurs entrées, les seuls militaires que l’on trouve (outre les 6 000 rebelles qui s’y trouvent) sont le DIS (police Tchadienne détachée à la surveillance des camps) au nombre d’une dizaine d’éléments.

Les habitations.
A partir des tentes données à chaque famille à leur arrivée, les habitants ont dressé une clôture de terre crue en courbe (on trouve les trous qui ont servi de carrière un peu de partout), ce qui leur permet de retrouver leur organisation villageoise. Ils construisent quelques abris au sein de l’enclos (greniers…). Quand à leur tente, ils la pérennisent en montant des murs en brique cru à l’intérieur, puis ils surélèvent la tente qu’ils y accrochent.
Depuis 4 ans que le camp existe, les réfugiés l’ont transformé avec leurs moyens et beaucoup d’astuce pour en faire une ville.
L’organisation sociale est fortement régie par trois leader dans chaque zone qui ont un pouvoir très (trop ?) important.
Ils nous ont d’ailleurs donné rendez vous mardi de 12h à 15h pour nous faire remonter toutes leurs doléances et leur mécontentement. Wilfried et moi, envisageons une séance de Yoga pour nous préparer à cette épreuve.

A l’entrée du camp on trouve un marché extraordinaire. Un petit souk qui procure la seul ombre d’Ouré-Cassoni, très bien achalandé, et l’on s’en perd dans ses dédales (bon j’exagère un peu). On y trouve un petit resto, on peut y boire un coca, s’asseoir, y acheter son savon…

Les couleurs sont très belles, les murs de terre sont plus foncés que le sable, ils ondulent variant leur luminosité, les femmes sont vêtus de tissus aux couleurs chaudes qui ressortent sur l’uniformité du sable.
Les enfants accourent vers nous avec des OK, ou des ca va ?. La simple vue d’un appareil photo crée un attroupement d’enfants quoi veulent être dans le cadre.

Je m’attache à décrire un tableau plutôt joyeux, par ce que malgré une certaine misère, ce n’est pas elle que l’on ressent. Ouré-Cassoni donne plutôt une image de vie tranquille. Finalement un camp de réfugié, ce n’est pas une image devant laquelle on se doit de pleurer, mais plus simplement un lieu ou l’on vit.
Je n’occulte pas pour autant les aspects négatifs dont parlera surement d’autre fois …

Point boulot :

Au bout d’une vingtaine de jours de blog, il est peut être temps de se poser la question : mais pourquoi suis-je la ?
Je travaille pour l’ONG « architectes de l’urgence » qui a deux bases opérationnelles au Tchad : l’une à Guereda (qui dessert les camps de Mile et Kounoungou) et l’autre à Bahaï ou je suis.
On a une mission en cours qui est de finir des salles de classes commencées puis éventuellement d’en construire encore d’autres (juste une question de bailleurs). Aujourd’hui, il y a, à Ouré-Cassoni, trois écoles (une pour chaque zone administrative du camp) de trois mille élèves chacune. Les salles de classes sont faites en bâches plastiques noires posées sur des structures de tentes. Elles se dégradent très vite et sont très inconfortables.
Un autre projet est en négociation, c’est la conception d’abris en dur pour les personnes étant en incapacité de s’en occuper eux même. L’idée serait de fournir les matériaux de former les habitants et de les laisser les monter eux même tout en supervisant les travaux.
L’ensemble est extrêmement résumé car la tache s’avère complexe et ardu et la visibilité assez faible.

vendredi 23 janvier 2009

Point sur les points.

Ici on est friand sur les « points » notamment les « points sécu » alors je me propose d’en faire aussi assez régulièrement sur des sujets divers.

Point situation politique :

Depuis quelques mois, la situation est très calme, peut être trop. Pour faire le point militairement rapidement : Le Soudan soutient des forces rebelles, qui ont failli renverser le président Idriss Deby en février et en juin 2008, et qui se tiennent à la frontière et préparent une attaque. De façon symétrique, le Tchad soutien des rebelles soudanais qui ont leurs bases arrière à la frontière (notamment dans les camps), ont déjà attaqué en Avril et se préparent à réitérer eux aussi.
La seule question pour chaque coté est : Quand ?
Les rumeurs courraient pour le 17 janvier, maintenant c’es fin janvier, début février… On est attentif à tous les mouvements de troupe, ceux des rebelles tchadiens et des farces officielles Tchadiennes.
Tout le monde est de toute manière prêt à l’évacuation, même si les troubles devraient nous épargner pour se concentrer sur N’Djamena ou peut être Abéché.

Bahaï



Pour expliquer ou est cette petite bourgade bien sympathique, il suffit de faire le décompte des vols : En premier, un gros A320, puis un A319, puis un bimoteur à hélice de 30 places et pour terminer un petit coucou très convivial de 8 places qui atterrit sur une bande de sable noyée dans un océan de sable. Vous pouvez toujours chercher sur Google earth il parait que l’on peut nous trouver. Tout est lumineux, tout est clair, tout est sec, mais quant je dis tout, principalement c’est rien. En arrivant de la piste (j’ai encore du mal à l’appeler aérodrome mais ca viendra), pendant un quart d’heure, en convois de gros 4xQ, il n’y a que du sable, des moutons et du sable.

Le village n’était qu’un petit bourg il y a cinq ans. Maintenant c’est un gros village aux maisons traditionnelles (clôture de terres abritant une ou plusieurs grosses huttes aux toits de chaume) éparpillées qui se juxtaposent à des base humanitaires (clôtures de béton et barbelés abritant un ou plusieurs bâtiments en dur). On surnomme ces derniers, guantanamo1, 2 et 3. Les récentes élections américaines vont surement nous forcer à changer !!
Le paysage est aride, sec, sablonneux mais d’une noblesse inimaginable. Je me rappelle encore la première fois que j’ai traversé pour rejoindre les bureaux IRC (je les appelle « Fort IRC ») (IRC sont manager du camp et nos partenaires) jusqu’à la Guest House, avoir ressenti mon environnement comme jamais je l’avais ressenti. Je me sentais un peu comme Armstrong sortant de sa fusée et découvrant un univers inconnu. Il faut dire que je cumulais avec la joie de pouvoir marcher pour la première fois depuis 15 jours !!

Bahaï est, comme vous l’aviez compris, la base des organisations humanitaires pour le camp de réfugié de Ouré-Cassoni. Le camp le plus au nord des camps de réfugiés soudanais (Darfour) sur les 12 implantés à l’est du Tchad. Il est aussi le plus proche de la frontière, ce qui est en théorie illégal. Il se situ à 25 km de Bahaï. 25km qu’i faudra faire tous les jours en 4xQ au sein d’un convoi escorté par la DIS (nouvelle force Tchadienne chargée des camps de refugiés financée en partie par les UN).
Bahaï a la particularité de se situer exactement sur la frontière Soudano-tchadienne. De chez moi, je vois le Soudan à 800m.




Chez moi…
Je m’approprie assez vite une petite chambre au cœur de Guentanamo1 qui regroupe tous les expatriés reliés à IRC. Une chambre, une « terrasse », une table, une chaise, un lit, une étagère, une table de nuit, 2 nattes, une couverture, une serviette et une multiprise, voila mon chez moi.
J’aime beaucoup.
Ce lieu est magique. Mais il faut l’apprivoiser.

mardi 20 janvier 2009

Dimanche 18/01 Première soirée

Les soirées entre expatriés à Abéché sont assez spéciales car elles doivent se plier aux règles. Vendredi soir, on est allé au resto avec Baptiste, jeune directeur de la Financial banque, Guillaume, chef de mission d’Internews Tchad, Frédérique, directeur de la bibliothèque. Ca nous a demandé toute une organisation. Le rendez vous est à 19h30, mais c’est trop tard pour notre chauffeur Fadul, alors Baptiste doit venir nous chercher avec son gros 4xQ pour nous y emmener. Seulement, il est dangereux de traverser la ville pour nous ramener après 20h30. Alors il est convenu que l’on aille dormir à trois chez lui, à coté du resto.
A 22h la soirée est finie. Et encore c’est par ce que c’est le WE. En semaine, les soirées commencent souvent à 17H30 (tombée de la nuit) jusqu’à 21H. Et encore…
Les membres du CICR chez qui on est allé samedi soir, n’ont pas le droit de sortir après… 17h, c’est le couvre feu !

La vie sociale, les repas, les coups à boire, les soirées ont ici une importance primordiale car c’est la seul liberté qui reste aux expat d’Abéché. Les conséquences sont des moments très sympathiques et conviviales. Chaque « Guest House »(c’est le nom que l’on donne aux logements des humanitaires, ce sont souvent des colocs de trois quatre personnes) a quelques matelas pour que les invités puissent rester à coucher. C’est la seul solution pour pouvoir inviter des gens après 20h.

Hier soir, nous étions les heureux invités de la guest House n° 3 du CICR (croix rouge internationale). Quelles heureuses surprises : des quiches, de la mozza !!! et…. du vin ! Ils peuvent faire passer des colis de Suisse par malles diplomatiques et ne sont pas limités à 15k de bagage car ils ont leur propre avion.
On mange, on boit, on danse et on discute…
Et nous sommes bien évidemment rester coucher.
Le soir, nos hôtes nous ont gentiment expliqué ou étaient les clefs des véhicules et les clefs du coffre pour pouvoir tout donner à d’éventuels braqueurs…

Je crois vraiment être arrivé dans un monde de fou…
Mais très sympathique.

Vendredi 16/01 Abéché

Du sable un peu partout, sur les pistes, dans les cours, dans les wadi (fleuves) à la place de l’eau, sur les bâtiments, sur tout, dans tout, un beau sable fin, clair. Les habitants sont très élégant, des hommes grands et mince à la posture fière, la tète à demi cachée dans leurs cheich blancs. Les couleurs sont pales, la lumière est forte.
C’est la grande ville historique de l’est, grande étant relatif puisque l’est Tchadien est très peu peuplé, elle est l’ancienne capitale du sultanat du Ouaddai, voisin du sultanat du Darfour. Elle est, aujourd’hui, devenue la capitale humanitaire du pays. On y trouve les bases de toutes les organisations travaillant sur les camps de réfugiés, des plus grosses comme les UN (nations unis), qui fonctionnent vraiment comme des grosses et lourdes administrations, aux plus petites comme la fondation des architectes de l’urgence. On y trouve aussi la deuxième base militaire française, une base militaire de l’ANT (armée nationale Tchadienne, des dangers public), une base CNAR ou DIS (police Tchadienne chargée des refugiés), la MINURCAD (police UN)…
Bref, ici, 60% des voitures sont des ONG, 35% des militaires, et 5% des habitants. Le prix de l’immobilier a flambé à cause du nombre incroyable de base ONG, le prix de la vie aussi. Même au cœur des ONG, les plus grosses qui dépensent sans compter payent leurs stafs locaux à des prix exorbitants, ce qui fait que l’on a ensuite du mal à négocier des prix corrects.

Abéché est aussi la ville de la sécurité et de la parano.
Pour la sécurité, par exemple, notre base (certainement pas une des mieux protégée) est entourée de murs de 2m50 de haut couronnés de rouleaux de barbelés. Notre portail de fer est gardé par deux gardiens. On est équipé de radio et de téléphones satellites, on connait notre point d’évacuation en cas de crise, on a interdiction de sortir marcher dans la ville, tous nos déplacements se font en voiture (que l’on a pas le droit de conduire) avec chauffeur, ou ne se font pas. On ne sort plus dehors après 19h00…
Parano, par exemple un gars de Mytech (déminage) que l’on a croisé à la cafétéria du HCR qui nous a dit qu’il avait vu des convois militaires plus gros que d’habitude et qu’il allait faire ses bagages le soir même pour être prêt à être évacué.
La sécurité, est quelque chose de primordiale, on doit prendre les mesures qui s’imposent, mais il ne faut pas se laisser submerger et ne penser qu’à ca, la dérive paranoïaque est dangereuse, car rapidement on peut ne plus penser qu’à ca !!

Aujourd’hui, on a pris un grand élan de liberté on s’est permis un coupé coupé pour déjeuner. D’habitude c’est soit les pates à la maison, soit un des deux restos de la ville, un restaurant étant un concept étranger au Tchad, ils sont toujours liés à une communauté expatriée, il y a 2 ans, il y en avait aucun ici. Le coupé coupé c’est un étalage ou l’on coupe de la viande en petit morceaux, un foyer en brique pour la faire griller, une sauce piquante, un oignon coupé en morceaux (c’est un des seul légume que l’on trouve ici), une petite pièce carrée avec une paillasse au sol, trois grandes plaques rondes en natte posées au sol qui servent de table et les habituelles 78 mouches. On mange par terre avec notre main droite uniquement (toujours).
Aujourd’hui, la viande était de l’agneau c’était délicieux.
De manger dans cet endroit, je me suis senti comme un gamin ayant l’autorisation de minuit pour la première fois !!

Sinon le quotidien ici, c’est une base assez agréable (3 chambres, 1 bureau, 1 séjour) mais sans électricité ou avec un groupe électrogène très bruyant fonctionnant une fois sur deux, sans eau sauf entre minuit et quatre heures du matin et avec une voiture souvent en panne.
On se couche entre 8 et 9h30 et on se lève entre 5h30 et 7h.
On est en train de commencer les travaux pour une cuisine (on est quand même optimiste sur notre alimentation en eau) et éventuellement un nouveau groupe électrogène pour pouvoir brancher un frigo (plutôt utile ici).

samedi 17 janvier 2009

Photos

Pour ceux qui se disent: "c'est bien les textes, mais quelques photos c'est quand même mieux", j'ai une toute petite anecdote pour expliquer ce manque momentané. Ça date de notre passage à Ndjamena, nous étions dans le taxi jaune et délabré de notre chauffeur Abdoulay et nous longions le Chari (le fleuve qui fait frontière avec le Cameroun) pour nous rendre au labo Farcha, le seul endroit ou un Nassara peut se promener en sécurité (sur 800m seulement il ne faut pas déconner!). Abdoulay nous montre au passage trois hippopotames au loin sur une île. On s'arrête tout excites, puis on demande à notre chauffeur s'il est possible de prendre des photos, il nous répond par l'affirmative (il ne veut pas nous contrarier). A peine l'appareil sorti que trois gars outrés se précipitent en nous engueulant car on a pas d'autorisation, ça ne se fait pas c'est impolis... à la limite de l'agressivité. Bien sur à la fin il conviennent que si on veut payer, ça peut s'arranger... chose que l'on ne fait évidemment pas.
Il est très dangereux de prendre des photos à Djamena et encore plus à Abeché. Les Tchadiens le prennent tres mal. Les histoires qui se sont mal finie paraissent courantes.
Nos appareils doivent donc rester au fond de nos sacs.

Rassurez vous il ne semble pas en être de même sur les camps de réfugiés, donc peut être un jour...

jeudi 15 janvier 2009

N'Djamena 11 janvier

N’Djamena
Il fait très chaud. Et la chaleur, ne va pas cesser d’augmenter petit à petit jusqu’à Mai. Ndjamena est, selon la météo, la ville la plus chaude d’Afrique. Le record de l’année dernière est de 52 à l’ombre. Pour l’instant, on dépasse à peine les 40. Alors je ne me plains pas, ou plutôt, j’essaie de ne pas me plaindre…

La météo n’est quand même pas le seul sujet. Ca fait maintenant quelques jours que nous sommes arrivés au Tchad Marine (une nouvelle archi, comme moi), Lucile (une nouvelle ingénieur) et moi. On a rejoint Tsedeye, l’administratrice de la mission. Samedi soir, Arnaud, le coordinateur technique de la fondation est arrivé lui aussi. Nous sommes prêts à partir pour l’est, il ne nous reste plus qu’à réserver (48h à l’avance) nos places dans les avions que le PAM (programme alimentaire mondial) met à notre service pour rejoindre Abéché dans un premier temps, puis les bases avancées de Guereda ou de Bahai (pour moi, Bahai est de plus en plus pressenti).

En attendant on fait connaissance avec le Tchad par sa capitale. On a été introduit dans le petit monde des expatriés français, dans celui des quelques restaurants. On commence à comprendre qu’il ne faudra jamais attendre du pays un accueil à bras ouvert (ce n’est pas une découverte non plus). On est initié aux joies de l’insécurité, des points sécu, des consignes… (N’Djamena est à 3 sur l’échelle des nations unis et l’est à 4. 5 étant le niveau d’évacuation générale et 4 le niveau de pré évacuation). On a été invité à une « Galette des rois party ». On a visité les glorieuses administrations de la capitale. On s’est fait confisqué nos téléphones satellite par la douane. On a été invité à une soirée chez un des plus beau parti de la ville. On a du refusé une invitation à un mariage…

Samedi soir, Julien, Dimitri, Erwan, Rachid, Sher, Cloé… nous ont emmenés au cèdre (resto Libanais) ou le patron nous a offert un armagnac à la fin du repas puis ua VIP. Le VIP, mais qu’est ce donc ? C’est un endroit complètement déconnecte de beaucoup de chose (un peu comme peu l’être la vie d’expat à Ndjamena) un lieu de folie, de débauche ou d’éclate au choix, un lieu improbable.
Le VIP c’est la boite de nuit du pays !!! Tout le monde connait le VIP.
On arrive avec nos gros quatre quatre, on passe par derrière, petit signe au gardien, on l’appelle par son prénom, on se gare. L’entrée derrière, Erwan connait très bien le gars de l’entrée, deux trois blagues, Il avait réservé une table au nom de Satom (filiale de Vinci qui emploie bcp d’expatriés), petite négociation, grand éclat de rire et l’on rentre. Un passage entre deux bâtiments qui donne au fond sur un grand patio planté.
Trois militaires Tchadiens, Kalachnikov, nous regardent passer devant des étagères remplies des sacs à main les plus brillants qu’il soit. Tout le paradoxe de la boite est déjà énoncé. Sac Vuitton, kalachnikov.
Apres, une porte, ouverte par un grand gars, et la…. Stupeur, la vraie boite. Clim, lumière, lasers, piste de danse, bar, serveurs, DJ, un décalage complet avec l’extérieur. On nous amène à une table réservée dans un coin avec banquette, bouteilles de whiskey, vodka, coca, bières, glaçon d’où on peut observer une piste bondée de Tchadiens bien habillés, de blancs, de militaire dans des danses collées serrées. De belles femmes dans des tenues moulantes européennes et maquillées comme ce n’est pas permis se serrent contre des blancs aux visages un peu rudes. Tu comprends très vite que la moitié de ces femmes sont simplement des prostitués Tchadiennes ou Camerounaises. Pendant les quatre minutes (pas pu y échapper) ou l’on a réussis à me forcer à monter sur la piste de danse, j’ai eut le droit à des mains baladeuses et insistantes qui m’ont vite fait comprendre qui étaient ces jeunes filles. Les blancs quittant la boite enlacés à ces jeunes filles n’ont fait que confirmer cette information.
A voir les bouteilles de Jacks Daniels, les militaires et les prostitués passer toute la soirée, je croyais être dans une véritable caricature.


Mais il ne faut pas s’arrêter la, la communauté expatriée est très soudées et très sympathiques. Pour vivre cette vie sécurisée qui laisse peu de place aux loisirs ils ont vraiment besoin de se serrer les coudes.

mardi 13 janvier 2009

J'ai prévu d'écrire un message sur notre vie de pacha à la capitale, mais un petit bog m'obligera à revenir au cyber une autre fois, le fichier ne s'ouvrant pas, et qui plus est je suis en train de me faire engueuler car les disques durs sont interdits...
Je peux néanmaoins vous donner les dernières nouvelles, ma nouvelle adresse pour ce début d'année 2009 sera Bahai, petit village à coté du camp d'Ouré-Cassoni sur la frontière avec le Darfour. C'est le camp le plus au nord des 12, le climat le plus desertique, les conditions de travail les plus durs. Par contre c'est le seul ou j'ai une chance de pouvoir utiliser messenger ou skype.

Pour ceux qui n'ont pas la carte du Tchad encore dans la tete, N'Djamena se trouve plein ouest, a la frontière du Cemeroun. Abeché est la "grande" ville de l'est à 800 km environ qui dessert tous les camps encore plus à l'est. Abeché est ma prochaine étape, c'est la que siègent toutes les ONG, et les archi de l'urgence on une base la bas. Donc Demain avion pour Abeché puis mardi, re avion pour Bahai.
J'ai juste hate.

mercredi 7 janvier 2009

bien arrivé


Un peu de retard à Tripoli, c'est normal, mais au final on est bien arrivé à N'Djamena à 1h00 du matin. Dans une ville ou il est dangereux de circuler la nuit tombée, Tsedeye (une collegue) est venue nous chercher pour nous loger pour la nuit chez un ami expatrié à deux pas de l'aeroport. Enorme maison, barbelés, deux gardiens, un cuisinier...
Il fait beau, chaud, la ville est belle, et malgrès les imperatifs de sécurité, ca donne envie.
PS: A tous ceux qui se reconnaitront merci un millard de fois pour le livre.

samedi 3 janvier 2009

Malgré tout ce que je vais être amené à découvrir, toutes les choses difficiles que je vais voir, tous les obstacles que je vais rencontrer, et je sais qu'il y en aura, bizarrement, ce qui me préoccupe le plus, pour le moment, c'est la chaleur, le soleil, le chaud, la canicule, l'harmattan...
Je peux avoir honte. Je pars travailler dans des camps de réfugiés, essayer d'aider des gens qui n'ont rien et qui souffrent, et mes préoccupations se portent sur mon bien être et sur la chaleur.

En même temps, cela s'explique tres bien: de toute cette aventure, c''est le point qui a le plus de réalité pour moi. J'ai l'experience de soufrir de la chaleur, mais je ne sais pas ce que c'est qu'un camps de réfugié, je ne sais pas ce que c'est de travailler dans ces conditions, je ne sais pas de quelle manière je vais vivre, comment je serai accueilli.
Bref la seul chose que je sais c'est qu'il fera chaud. Le reste sera à découvrir. Et bien qu'angoissant, c'est ce qui rend ce projet exitant.

Premieres reponses mardi 6 janvier.
Puis apres...
Ne jamais oublier pourquoi je pars.
Ne jamais oublier ce que je laisse.
Et juste vivre et faire vivre cette aventure.

J'ai hate