
Une fois au camp, on s’arête pour négocier trois dockers qui nous aiderons à décharger sur le chantier. On arrive à l’école, au milieu d’un attroupement d’enfants toujours très enthousiastes à l’idée de venir nous voir, nous, les nassaras. Commence le déchargement en plein soleil, tôles, poutrelles métalliques, brouettes… vérifier que les dockers fassent un minimum attention à leur sécurité, compter, noter… Tout ca en arabe évidemment…
Le directeur de l’école vient observer et surveiller l’opération.
A la fin de matinée nous sommes repartis sur le camion en passant déposer un sac de ciment au centre de santé, des dattes, du tissus, des soutien gorges et des sacs à main dans le centre des femmes…
Mais déjà nous sommes dans notre réunion au sommet qui risque d’être houleuse. On nous à fait comprendre que si nous arrivions les mains vides, ce serait très mal vu. Nous passons donc au marché acheter une palette de Pepsi, puis on en profite pour remplir une bouteille d’essence pour la peinture.
A 12h00 on est au point de rendez vous à attendre les Cheiks, à appeler Saad, le traducteur, à la radio :
« Bravo Golf Juliette 6.4, Bravo Golf Juliette 6.4 pour Bravo Zoulou Hôtel unité (x3) »
« Bravo Golf Juliette 6.4 canal 11 »
« canal 11 mooving »
« Bravo Golf Juliette 6.4 tu m’entends ? »
« Bien reçu. Ton message ? »
« Quelle est ta position ? »
« J’arrive »
« Ok terminé »
Une table dans le hangar de distributions, six Soudanais très dignes, sourires enfouis très loin au fon d’eux, lunettes de soleil, cannes, chemises bien coupées, Chèches, appuyés sur leur dossiers. Pas un mot. Le traducteur arrive, enfin, nous avions fait des essais en anglais mais sans beaucoup de succès. Sur la table les canettes, à coté de nous le camp manager et les directeurs d’écoles. Comment on fait des réunions ici ? On n’en sait rien. On essaye de lancer, de se présenter, de noter leurs noms (pas une tache facile).
Naturellement, un d’entre eux prend la parole. Tous se taisent. Il parle, Saad traduit, ainsi de suite pendant dix minutes. Il assène ses mots, utilise les mains, mais reste très droit, très solennel. Dans son discours aussi. Il commence par remercier Dieu miséricordieux, puis nous, les européens, qui venons de loin pour son peuple. Puis les reproches. Les vielles histoires qu’on ne connait même pas mais dont nous devons porter les conséquences, les rancœurs, puis les directives, les demandes.
Quand il a fini, son voisin prend la suite : béni soit Dieu, merci à vous, vous êtes en faute…
Dieu soit béni, il n’y avait que 6 leaders sur les 9. Les Pepsi sont les bienvenus. Puis c’est à nous de parler. Même chose. Une phrase, une traduction… pas d’interruption pas de commentaires.
Apres la parole leur revient.
Et c’est reparti pour les six.
Heureusement Dieu n’est bénis qu’une seule fois pour toute.
Conversations, négociations, impératifs.
Respect, confiance sont les maitres mots. Nous verrons bien par nous-mêmes ou ca nous mènera.

Mais en plein milieu de cette réunion, une interruption soudaine. Un général de la Minurcat (force de l’ONU pour la Centrafrique et le Tchad, des casques bleus quoi) entouré de hauts pontes des nations unis. Sirènes, branle bas de combat, visite surprise avancée d’un jour.
Les leaders et les huiles de l’ONU se réunissent. Notre guide change de main. Et c’est reparti pour les discours les Dieu bénis, les traductions… Le général, impatient tente une interruption de la séance avant que le dernier leader ai parlé. Mais que Nenni, il ne croyait pas s’en sortir comme ca !!
Les militaires partent, notre réunion peut se finir tranquillement sur des Cukran Katyr, thank you, merci beaucoup, des mains à serrer.
Finalement nous sommes plutôt contents de la confrontation, nous avons senti les leaders impliqués mais les ressources humaines semblent complexes.
Notre camion nous ramène à Fort IRC à toute bringue.
Un autre marathon nous attend. Nous avions pensé nous en sortir avec des facturettes et des contrats faits nous même. C’était sans compter sur les américains d’IRC. Apres la nage dans la complexité hiérarchique et sociale, c’est la noyade dans la complexité administrative. Pour louer un Docker une heure, quatre papiers à remplir, pour acheter un cadenas, deux…
La, on ne voit pas comment on va s’en sortir si pour acheter la moindre chose il faut remplir 4 A4, qu’il faut demander du liquide 150 euros par 150 euros…
Puis il nous faut imprimer un contrat pour un gardien que l’on a embauché. Premier bureau, ou on nous dit d’aller aux RH, la le contrat s’avère mal fait, retour dans le 1er bureau qui nous accompagne de nouveaux aux ressources humaines, attente de l’impression du contrat (on est tombé le jour des payes). Mais une fois le contrat reçu, ce n’est pas fini, il faut le ramener au 1er bureau qui va le faire signer par le responsable éducation, puis il faut le ramener aux RH qui va chercher un tampon à la finance pour nous tamponner notre contrat… Ouf !!!
On fuit !!!
Fini l’administratif, on y a passé 2 heures. Retour à la maison, on sort nos ordis, puis boulot : mails comptes rendu, listes…
Pffffff… douche méritée, repas vite avalé (de la chèvre) et direction la chambre…
A Bahaï, je crois que les journées comptent double..