Début Décembre 2008, j’apprends que je vais travailler sur un camp de réfugié, j’essaye, à ce moment, de mettre une image sur ce mot. Qu’est ce qu’un camp de réfugié ? comment est ce ? C’est difficile à appréhender, on se rattache à des images télévisés, on s’imagine des tentes blanches alignés, des clôtures, des militaires des camions plein de nourriture…Pendant que je me rapprochais inéluctablement (N’Djamena, Abéché, Bahaï…) de ce camp, cette image flou laissait, petit à petit, la place à des réalités plus concrètes. Aujourd’hui pour la première fois j’ai pu parcourir ce lieu qui est mon nouvel environnement de travail.
Pour commencer, il n’ya pas un réponse à la question « qu’est ce qu’un camp de réfugiés », ils sont tous différents selon leur situation. Ouré-Cassoni ressemble certainement beaucoup plus à une petite ville africaine qu’à un camp militaire. Les 27 000 habitants (estimation car ils ont refusé de se faire recenser) sont répartis sur trois zones, A,B et C. Chaque zone est séparée par un grand vide qui sert pour les distributions de vivre (toutes les premières semaines du mois) et pour les centres de santé. Au cœur de chaque zone on trouve un terrain rectangulaire qui correspond à l’école. A partir de cette organisation les habitations sont disposées aléatoirement pour former des quartiers (le quadrillage d’origine a disparu).
Il n’y a aucune clôture, plusieurs routes, plusieurs entrées, les seuls militaires que l’on trouve (outre les 6 000 rebelles qui s’y trouvent) sont le DIS (police Tchadienne détachée à la surveillance des camps) au nombre d’une dizaine d’éléments.
Les habitations.A partir des tentes données à chaque famille à leur arrivée, les habitants ont dressé une clôture de terre crue en courbe (on trouve les trous qui ont servi de carrière un peu de partout), ce qui leur permet de retrouver leur organisation villageoise. Ils construisent quelques abris au sein de l’enclos (greniers…). Quand à leur tente, ils la pérennisent en montant des murs en brique cru à l’intérieur, puis ils surélèvent la tente qu’ils y accrochent.
Depuis 4 ans que le camp existe, les réfugiés l’ont transformé avec leurs moyens et beaucoup d’astuce pour en faire une ville.
L’organisation sociale est fortement régie par trois leader dans chaque zone qui ont un pouvoir très (trop ?) important.
Ils nous ont d’ailleurs donné rendez vous mardi de 12h à 15h pour nous faire remonter toutes leurs doléances et leur mécontentement. Wilfried et moi, envisageons une séance de Yoga pour nous préparer à cette épreuve.
A l’entrée du camp on trouve un marché extraordinaire. Un petit souk qui procure la seul ombre d’Ouré-Cassoni, très bien achalandé, et l’on s’en perd dans ses dédales (bon j’exagère un peu). On y trouve un petit resto, on peut y boire un coca, s’asseoir, y acheter son savon…
Les couleurs sont très belles, les murs de terre sont plus foncés que le sable, ils ondulent variant leur luminosité, les femmes sont vêtus de tissus aux couleurs chaudes qui ressortent sur l’uniformité du sable.
Les enfants accourent vers nous avec des OK, ou des ca va ?. La simple vue d’un appareil photo crée un attroupement d’enfants quoi veulent être dans le cadre.
Je m’attache à décrire un tableau plutôt joyeux, par ce que malgré une certaine misère, ce n’est pas elle que l’on ressent. Ouré-Cassoni donne plutôt une image de vie tranquille. Finalement un camp de réfugié, ce n’est pas une image devant laquelle on se doit de pleurer, mais plus simplement un lieu ou l’on vit.
Je n’occulte pas pour autant les aspects négatifs dont parlera surement d’autre fois …

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