samedi 31 janvier 2009

Négrier:

Et oui, tel est mon nouveau job !

Je me suis retrouvé, ce matin, seul, en plein désert, à faire travailler une dizaine de femmes, à remplir des seaux de graviers à charger dans un camion. Le tout en plein soleil ! Et je les ai payé l’équivalent de 1,5 euros chacune !

Ce moment pris au vol peut faire peur…

Un retour en arrière s’impose : Hier, ou l’on a commencé la journée avec pour mission de ramasser du gravier pour notre béton.

On a rendez vous avec les femmes de la zone C qui ont déjà travaillé avec nous auparavant. Elles sont la, à nous attendre devant le chantier, une vingtaine, avec des voiles de toutes les couleurs, assises par terre ou sur les marches du magasin à discuter.


A l’aide de Adam Souleymane, leader zone, C, du directeur de l’école et de notre chauffeur de camion (je vous passe les problèmes que l’on a eut pou se procurer le camion pour la journée) nous essayons de leur expliquer que nous voulons une seule interlocutrice. Awa est désignée en tant que la plus ancienne du groupe. Nous lui expliquons avec beaucoup de difficultés que nous voulons acheter 10 barils de gravier pour 20 000 FCFA, qu’elle prend le nombre de personne qu’elle souhaite, que nous fournissons les outils, que l’on les emmène sur la carrière et qu’elles doivent préparer des tas que nous viendrons charger demain.

Au bout d’une heure de discussion ou tout le monde s’en mêle mais personne ne comprend rien, nous avons espoir que le message est passé.

Mais quand vient l’élaboration de l’équipe, Awa ne peut choisir parmi les 20 femmes présentes.

Résultat des courses : 10 femmes pour préparer le gravier et 10 autres pour le ramasser, alors que 6 femmes en tout aurait put suffire, mais elles veulent toutes du travail. Plus elles sont nombreuses moins elles gagneront d’argent. Mais elles ne veulent rien savoir.

Ce matin, je viens les rechercher en camion pour charger le gravier. Tache qui me semblait simple. Quand j’arrive elles sont 35 à attendre !!

Awa est incapable de faire un choix. Elles se disputent, il n’y a rien à faire. Je les fais toutes descendre du camion et je vais chercher le leader.

J’interromps le match de foot des scolaires pour débauché Adam Souleymane qui s’était improvisé l’espace d’une mâtiné arbitre de foot.

Grosse voie, charisme, ici les femmes n’ont pas grand-chose à dire contre l’autorité masculine. 10 femmes montent dans le camion et nous voila parti pour aller ramasser les graviers.

Dans les camps, les femmes sont considérées comme la cinquième roue de la charrette. Pour la distribution des vivres, pour la répartition des richesses, pour les postes valorisant, pour l’éducation. Elles passent après les hommes, après les enfants males. L’influence musulmane fait que les seules femmes autorisées à travailler avec nous sont celles sans maris (célibataires, veuves (beaucoup ont perdu leurs maris au Darfour)). Ce sont celles qui ont le plus de mal à subsister car sans homme elles n’ont pas de droit.


certaines ont des enfants à charge.

Au Soudan, de toute manière, même au sein des familles, ce sont les hommes qui on le pouvoir, mais les femmes qui travaillent, les femmes qui construisent leurs maisons, les femmes qui élèvent les enfants, les femmes qui gardent les élevages. La primauté indécente (de notre point de vue) de l’homme sur la femme dans cette société, est renforcée par un simple fait: Ouré-Cassoni est un camp de femmes et d’enfants car la majorité des hommes sont occupés à faire la guerre, ils ne sont pas la, ils font parti des différentes rebellions Soudanaises.

Bref, nous représentons, avec nos chantier, un des seuls lieux d’embauche possible pour elles (même si les humanitaires font attention à ces problèmes de mixités), mais nous n’avons pas du tout assez de boulot pour toutes.

De nombreuses femmes viennent sans arrêt nous solliciter et nous devons, le plus souvent refuser.

Nous refusons aussi de choisir celles qui pourront travailler pour nous, nous pensons que ce n’est pas notre rôle.

Pour nous, il est très frustrant de ne pouvoir faire plus, et nous sommes coincés d’autre part par la nécessité de réaliser ces écoles si nécessaires.

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