Mon lit, il est 7h00 du matin. Dehors dans la petite cours sous la moustiquaire, sous le ciel éclairé depuis deux heures déjà, entre les murs de terre.
6 mètres, la table, le petit déjeuner, 9 mètre, la cuisine, la théière, 3 mètres, la citerne, je remplis mon sceau, 7 mètres, la salle de bain avec mon sceau et mon gobelet, 13 mètres, ma table de bureau, mon ordinateur.
J’ai un rendez vous chez un partenaire ?
17 mètres, le minibus, le chauffeur, le gardien qui ouvre le portail.
Le portail de l’autre ONG, 21 mètres, le bureau de mon interlocuteur.
Moyenne parcourue par jour ?
384 mètres et 18 centimètres.
C’est un fait : expatrié à Abéché, on manque d’occasion de se découler, de se dégourdir les jambes, de marcher, de s’étirer, de faire fonctionner nos muscles qui d’ailleurs en profitent pour partir ailleurs…
Sport. C’est alors le nouveau mot que l’on a à la bouche. Je veux faire du sport. Oui, mais pour l’instant, ce mot, il est juste à la bouche. Quand on veut lui faire prendre réalité, c’est autre chose.
Courir ?
Dans la rue ? Pas possible.
Au terrain sportif à coté du périph ? Il n’y a pas.
La salle de sport ? pfffff….
Le centre sportif ? …
Alors quoi ?
L’expatrié est une espèce qui sait s’adapter pour survivre, fidèle à Darwin. Alors il trouve des solutions, chacun fait preuve d’imagination pour trouver un moyen de bouger un peu nos corps ankylosés.
Pour courir ? Quoi de mieux que la piste de l’aéroport ? 3 kilomètres de long, une enceinte tout autour, à coté des militaires français et des casques bleus, de la végétation, le matin avant les décollages.
Le volley. C’est le sport expat par excellence. Un filet, un ballon, un peu de sable et c’est parti. Il n’y a pas besoin de trop d’espaces, les terrains rentrent dans les compounds.
Certains organisent aussi leurs propres salles de sport. Une barre de fer, une grosse boite de conserve de lait en poudre de chaque coté et on coule du ciment à l’intérieur : une altère. J’ai vu aussi d’ingénieux systèmes en bois avec des poids en béton imitant très bien les machines de muscu perfectionnées
.
Mais aussi les cours de Salsa deux fois par semaine avec un professeur Croate, les cours de Yoga et même, depuis peu, des cours de Kung-fu !
Justement, les cours de kung-fu, c’est l’option que j’ai choisie ! Je ne comprends pas. A chaque fois que je parle de ces cours a quelqu’un, il se moque de moi. Apparemment je ne dois pas véhiculer une image d’homme violent…
Pourtant je suis les cours avec grande application. Ca ne me dérange pas de donner des coups de poing et coups de pieds tant que c’est dans le vide. Par contre quand mon prof me montre comment on peut mettre un homme à terre puis d’un coup lui casser le bras, la je m’oppose : « mais non ! je ne veux casser le bras de personne moi ! »
Mais la première difficulté c’est le jogging d’échauffement. On court dans une salle de 25 m² ! Au bout de 20 tours à vive allure, j’ai la tête qui tourne, je me tiens au mur puis je suis finalement obligé de m’arrêter et de m’écrouler par terre pour cause de vertige.
La deuxième difficulté, pour moi, ce sont les exercices de souplesse. Quand jambes écartées j’attrape difficilement mon genoux et que j’entends : « aller ! les orteils, on attrape les orteils » je suis pris d’un léger fou rire. De même quand je me plie comme je peux pour difficilement former n angle droit et que j’entends : « aller !! le front au sol ! », j’ai du mal à garder mon sérieux en voyant les années lumières qui séparent mon front de ce sol.
Mais sinon, pour le reste, il n’y a pas de problème, j’enchaîne les pingshoi (coups de poing) et les coups de pieds avec un grand sérieux.
J’avais essayé la salsa une soirée. Au bout de 45 secondes de danse, ma collègue était déjà pliée en deux, alors j’ai décidé de moi-même d’arrêter.
jeudi 22 octobre 2009
vendredi 16 octobre 2009
La page de blog que je ne publierai jamais.
De plus en plus je dois faire attention à ce que j’écris sur ce blog.
Je dois rester discret à propos de l’ONG pour qui je travaille (ils ont déjà demandé à une collègue d’effacer des messages), je ne dois pas trop évoquer l’ONG avec laquelle je travaille (ils ont un service de communication qui vérifie tout ce qui est dit à leur sujet sur la toile), je ne dois pas citer le nom de mes collègues (récemment a été publié un extrait de « bien au chaud » dans lequel je parlais d’une collègue), je ne dois pas critiquer le pays dans lequel je vis (j’évite même de citer son nom), encore moins ses dirigeants (qui sont formidables bien sur)…
Donc effectivement, il faut arriver à la conclusion que Internet est tout sauf un espace de liberté… Ou alors si… il est vrai que je suis complètement libre de dire que je préfère le mouton à la chèvre, je peux même me permettre d’être un peu critique envers le climat et encore… Mais je n’ai pas intérêt à dépasser ces banalités…
N’importe qui, n’importe quand, n’importe comment, peut prendre une page de ce blog et la publier n’importe ou. J’en ai retrouvé sur des sites d’actualité tchadiens, sur des blogs. Ma dernière surprise fut d’en retrouver un extrait sur un courrier que les nations unies publient à toutes les ONG de l’Est du Tchad…
Connaissez vous l’alerte google ? Les ONG programment évidemment ce genre d’alertes pour être prévenues à chaque fois qu’une page web cite leur nom. Les services de renseignements de tout pays ont aussi des alertes sur des mots clefs attenants à la « sécurité de l’état ».
Mais si je m’expose en écrivant sur cette toile virtuelle, je pourrai aussi retourner le système. Peut être avez-vous remarqué le petit compteur en bas à droite. Avec lui je peux connaître la ville d’origine des lecteurs du blog. Mais il existe d’autres logiciels en téléchargement libre qui pourraient me permettre de connaître par exemple toutes les pages visitées par chaque visiteur. Je pourrai espionner ainsi tous les lecteurs du blog. A notre époque de voyeuristes symbolisée par la télé réalité, il est difficile de résister à la tentation…
Non seulement le net se révèle ne pas être l’espace de liberté tant adulé, mais il dérive vers un système de contrôle. Nous pensons être dans l’ère de la communication, et c’est vrai qu’elle est omniprésente dans notre vie quotidienne (telephonnes, internet, facebook…). Mais à quoi ça sert de parler beaucoup si on ne peut rien dire ?
Je dois rester discret à propos de l’ONG pour qui je travaille (ils ont déjà demandé à une collègue d’effacer des messages), je ne dois pas trop évoquer l’ONG avec laquelle je travaille (ils ont un service de communication qui vérifie tout ce qui est dit à leur sujet sur la toile), je ne dois pas citer le nom de mes collègues (récemment a été publié un extrait de « bien au chaud » dans lequel je parlais d’une collègue), je ne dois pas critiquer le pays dans lequel je vis (j’évite même de citer son nom), encore moins ses dirigeants (qui sont formidables bien sur)…
Donc effectivement, il faut arriver à la conclusion que Internet est tout sauf un espace de liberté… Ou alors si… il est vrai que je suis complètement libre de dire que je préfère le mouton à la chèvre, je peux même me permettre d’être un peu critique envers le climat et encore… Mais je n’ai pas intérêt à dépasser ces banalités…
N’importe qui, n’importe quand, n’importe comment, peut prendre une page de ce blog et la publier n’importe ou. J’en ai retrouvé sur des sites d’actualité tchadiens, sur des blogs. Ma dernière surprise fut d’en retrouver un extrait sur un courrier que les nations unies publient à toutes les ONG de l’Est du Tchad…
Connaissez vous l’alerte google ? Les ONG programment évidemment ce genre d’alertes pour être prévenues à chaque fois qu’une page web cite leur nom. Les services de renseignements de tout pays ont aussi des alertes sur des mots clefs attenants à la « sécurité de l’état ».
Mais si je m’expose en écrivant sur cette toile virtuelle, je pourrai aussi retourner le système. Peut être avez-vous remarqué le petit compteur en bas à droite. Avec lui je peux connaître la ville d’origine des lecteurs du blog. Mais il existe d’autres logiciels en téléchargement libre qui pourraient me permettre de connaître par exemple toutes les pages visitées par chaque visiteur. Je pourrai espionner ainsi tous les lecteurs du blog. A notre époque de voyeuristes symbolisée par la télé réalité, il est difficile de résister à la tentation…
Non seulement le net se révèle ne pas être l’espace de liberté tant adulé, mais il dérive vers un système de contrôle. Nous pensons être dans l’ère de la communication, et c’est vrai qu’elle est omniprésente dans notre vie quotidienne (telephonnes, internet, facebook…). Mais à quoi ça sert de parler beaucoup si on ne peut rien dire ?
samedi 10 octobre 2009
Pour comprendre un peu mieux le monde des humanitaires dans le quel je fais juste une petite escale d'une année, je publies un texte envoyé par Wilfried, mon ancien collègue et qui a été écris par une autre personne:
" Tu es un humanitaire quand...Contrairement à tes potes qui ont des vies normales, tu n’as ni femme, ni enfants, ni maison, et quand tu reviens en France, tu dors chez tes parents. Tu aimes bien te mettre des mines avec tes petits collègues des autres ONG. Tu as un Bac +5, tu gères une équipe de 10 personnes et un budget de plusieurs millions d’euros, dans un contexte de guerre civile, mais tu gagnes à peine plus que le SMIC. Tu gagnes à peine plus que le SMIC, mais tu as une cuisinière, une femme de ménage et un chauffeur 24h/24. Tu critiques tout le temps les UN, mais secrètement tu aimerais bien y bosser pour tripler ton salaire. Quand tu rentres en France, tes potes et ta famille te posent toujours la même question : « Alors c’était comment ? », attendant que tu leur résumes un an de mission en 3 minutes (car après 3 minutes, ils décrochent). Tu comprends les mystérieuses phrases suivantes : « Le watsan envoie toujours son SITREP au CdM avant de partir en R& « La nut’ et le food sec pensent utiliser du Plumpy Nut pour combattre le kwash des under-5 dans les CNT de MDM » « Le log de Sol bosse sur les kits NFI et les shelters pour la propal DAH en RDC».Le week-end, soit tu bosses, soit tu récupères de la soirée alcoolisée de la veille.Tu te rases 2 fois par semaine maximum, et tu as oublié comment faire un nœud de cravate. Lorsque tu rentres en France, tu adores faire la tournée des potes, mais quand tu vois leur vie quotidienne, tu as vite envie de repartir en mission :-). Tu rigoles bien quand les jeunes du street marketing t’abordent dans la rue en te demandant « Vous avez déjà entendu parler d’Action contre la Faim » ? Lorsque tu cherches du boulot, tu t’inscris sur Coordination Sud et tu expliques à la conseillère de l’ANPE qu’elle ferait mieux de ne pas s’occuper de toi (de toute façon tu n’entres dans aucune de ses catégories). Tu aimerais bien travailler en Amérique Latine ou en Asie, mais tu te retrouves toujours au Tchad, en RDC ou au Soudan. Tu te balades toujours avec une radio VHF ou 3 différentes SIM cards. Voir des hommes armés jusqu'aux dents à tous les coins de rue te paraît normal. La malaria devient presque une mauvaise grippe que tout le monde se refile. Tu n'aimes pas les UN mais une fois la bière à la main, les Mzungus sont tous des amis, surtout quand la présence féminine est limitée."
Voila, tout est clair?
" Tu es un humanitaire quand...Contrairement à tes potes qui ont des vies normales, tu n’as ni femme, ni enfants, ni maison, et quand tu reviens en France, tu dors chez tes parents. Tu aimes bien te mettre des mines avec tes petits collègues des autres ONG. Tu as un Bac +5, tu gères une équipe de 10 personnes et un budget de plusieurs millions d’euros, dans un contexte de guerre civile, mais tu gagnes à peine plus que le SMIC. Tu gagnes à peine plus que le SMIC, mais tu as une cuisinière, une femme de ménage et un chauffeur 24h/24. Tu critiques tout le temps les UN, mais secrètement tu aimerais bien y bosser pour tripler ton salaire. Quand tu rentres en France, tes potes et ta famille te posent toujours la même question : « Alors c’était comment ? », attendant que tu leur résumes un an de mission en 3 minutes (car après 3 minutes, ils décrochent). Tu comprends les mystérieuses phrases suivantes : « Le watsan envoie toujours son SITREP au CdM avant de partir en R& « La nut’ et le food sec pensent utiliser du Plumpy Nut pour combattre le kwash des under-5 dans les CNT de MDM » « Le log de Sol bosse sur les kits NFI et les shelters pour la propal DAH en RDC».Le week-end, soit tu bosses, soit tu récupères de la soirée alcoolisée de la veille.Tu te rases 2 fois par semaine maximum, et tu as oublié comment faire un nœud de cravate. Lorsque tu rentres en France, tu adores faire la tournée des potes, mais quand tu vois leur vie quotidienne, tu as vite envie de repartir en mission :-). Tu rigoles bien quand les jeunes du street marketing t’abordent dans la rue en te demandant « Vous avez déjà entendu parler d’Action contre la Faim » ? Lorsque tu cherches du boulot, tu t’inscris sur Coordination Sud et tu expliques à la conseillère de l’ANPE qu’elle ferait mieux de ne pas s’occuper de toi (de toute façon tu n’entres dans aucune de ses catégories). Tu aimerais bien travailler en Amérique Latine ou en Asie, mais tu te retrouves toujours au Tchad, en RDC ou au Soudan. Tu te balades toujours avec une radio VHF ou 3 différentes SIM cards. Voir des hommes armés jusqu'aux dents à tous les coins de rue te paraît normal. La malaria devient presque une mauvaise grippe que tout le monde se refile. Tu n'aimes pas les UN mais une fois la bière à la main, les Mzungus sont tous des amis, surtout quand la présence féminine est limitée."
Voila, tout est clair?
jeudi 8 octobre 2009
Pour ce blog decidement en manque de photos, je vous propose une petite vision rapide de la base-bureau dans laquelle nous vivons tous les quatre maintenant que Thibaut, un nouveau stagiaire est arrivé.

Dans ce magnifique salon salle à manger, il y a aussi mon bureau à droite en dehors de la photo.
Voici notre dortoir actuel pour cause de grosse chaleur. Nous avons ajouté, pendant la saison des pluies les moustiquaires pour se proteger un peu...
Et pour terminer cette visite sommaire, je vous presente la salle de bain-wc avec la poubelle pleine d'eau pour la doucheau gobelet.
Dans ce magnifique salon salle à manger, il y a aussi mon bureau à droite en dehors de la photo.
Voici notre dortoir actuel pour cause de grosse chaleur. Nous avons ajouté, pendant la saison des pluies les moustiquaires pour se proteger un peu...
jeudi 1 octobre 2009
La visite du président :
En visite dans l’est du Tchad, il est arrivé par avion ce matin à Abéché.
Peut être les plus assidus se souviennent des travaux de voirie qui bloquent toute la ville depuis des mois ? Et bien en une matinée ils ont tous disparu… On circule en ville comme sur une piste de kart (les militaires et la foule en plus). Fini les tranchées, les coffrages béton, les ouvrages à moitié finis. D’un coup, (le président prévient rarement en avance de ses visites) tout est oublié, rangé, enterré, pour que la voiture présidentielle puisse rejoindre son palais sans encombre.
La foule s’entasse sur les bords de route, les magasins ferment (et oui le président a décrété la journée fériée à Abéché pour son passage) et le resto local qui était notre destination a son portail clos.
En attendant notre commande de viande à un « coupé coupé » je m’assois à coté d’un Commerçant qui vient de Ounianga el Kabîr. Cette ville me fait rêver depuis longtemps. Située à la frontière avec la Lybie, elle est la haut, au nord, plus au nord que Bahaï, que Fada, perdue au beau milieu du Sahara. Elle est au bord d’un lac rouge d’eau salée. Ounianga l’énigmatique….
Ca n’empêche pas son habitant de profiter que je me lève aller chercher la viande pour demander Lucile en mariage…
Quand le président est la, tout est possible…
Peut être les plus assidus se souviennent des travaux de voirie qui bloquent toute la ville depuis des mois ? Et bien en une matinée ils ont tous disparu… On circule en ville comme sur une piste de kart (les militaires et la foule en plus). Fini les tranchées, les coffrages béton, les ouvrages à moitié finis. D’un coup, (le président prévient rarement en avance de ses visites) tout est oublié, rangé, enterré, pour que la voiture présidentielle puisse rejoindre son palais sans encombre.
La foule s’entasse sur les bords de route, les magasins ferment (et oui le président a décrété la journée fériée à Abéché pour son passage) et le resto local qui était notre destination a son portail clos.
En attendant notre commande de viande à un « coupé coupé » je m’assois à coté d’un Commerçant qui vient de Ounianga el Kabîr. Cette ville me fait rêver depuis longtemps. Située à la frontière avec la Lybie, elle est la haut, au nord, plus au nord que Bahaï, que Fada, perdue au beau milieu du Sahara. Elle est au bord d’un lac rouge d’eau salée. Ounianga l’énigmatique….
Ca n’empêche pas son habitant de profiter que je me lève aller chercher la viande pour demander Lucile en mariage…
Quand le président est la, tout est possible…
Poser un lapin.
Pour certaines personnes, comme mes grands parents que j’embrasse d’ailleurs, je vais essayer d’expliquer cette expression française qui n’est peut être pas employée dans toutes les circonstances.
« Poser un lapin », c’est fixer un rendez-vous et ne pas s’y présenter. C’est l’expression qui remplace celle un petit peu plus soutenue : « faire faux bond ».
On pourrai, par exemple, traduire une phrase des années 50 : « Oh ! Cette crapule m’a encore fait faux bond !! » par : « Putain ! c’t enfoiré m’a encore posé un lapin !!! ».
Pour mieux comprendre, passons à une série d’exemples choisis qui illustreront mes propos.
Je suis actuellement dans le bureau d’Alex, RT (responsable terrain) intérim de MSF. Il est 16h00 et nous attendons une entreprise avec laquelle nous avions rendez vous à 14H00. Je pense qu’ils ne viendront plus. On les a appelé à 14h30, ils nous ont répondu qu’ils étaient en voyage. Devant notre embarras évident le patron nous a promis de nous envoyer son « petit », que nous avons finalement abandonné d’attendre après 2h.
La, on peut dire que l’entreprise nous a posé un lapin.
Dimanche, 12H00
Apres 3h de chargement de camions pour cent pupitres d’écoliers pour les réfugiés de Guereda.
Le loueur de camion :
« Je vais chercher le troisième camion pour l’amener chez le deuxième soudeur pour charger les meubles des salles de réunion des écoles. »
Moi :
« Ok, donc on peut revenir à 14h30 pour la fin du chargement, vérifier la marchandise, signer les bordereaux. »
« Il n’y a pas de problème » (évidemment, il n’y a jamais de problème)
Dimanche 14h30
Notre minibus se gare devant l’atelier de soudure, je n’aperçois qu’un vieux fourgon devant dater de l’époque paléolithique, je me mets à redouter qu’ils veuillent embarquer nos meubles sur ce minuscule engin capot ouvert, rustines en tissus sur les pneus, avec 5 personnes essayant de le réparer.
Heureusement, il n’est pas la pour nous.
Malheureusement nos meubles sont toujours sur le bord de la route.
J’appelle le gérant de la société de transport, il me répond qu’il est « en route ».
Peut être n’ais je jamais encore parlé de cette inquiétante expression tchadienne « je suis en route » à la quelle il ne faut pas accorder le sens premier. On pourrait la traduire par « Ne te fait pas de soucis je vais essayer d’arriver dans pas trop longtemps c'est-à-dire avant demain si dieu le veut » et dieu ne le veut pas toujours.
Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos camions qui justement ne viennent pas.
Nous attendons donc avec Maroa, sur un banc, avec les soudeurs. Trois quarts d’heures plus tard, je rappelle mon nouvel ami « en route » :
« Oui, bon, j’arrive, je sui en route, mais je ne sais pas ou est le camion, je l’ai perdu… Je vous rappelle quand j’ai des nouvelles»
Un quart d’heure plus tard :
« Oui, bon, le camion est en révision, il ne peut plus partir… »
La, on peut dire que l’entreprise nous a posé un lapin.
Pour la fin de l’histoire, on a fini par trouver un autre camion et les meubles sont partis à 19h00.
Je pense que tout le monde à maintenant compris ce que signifie l’expression : poser un lapin. Il est donc inutile que je relate ici tout mon élevage de lapin tchadien que j’ai constitué avec soin pendant ces neuf mois.
« Poser un lapin », c’est fixer un rendez-vous et ne pas s’y présenter. C’est l’expression qui remplace celle un petit peu plus soutenue : « faire faux bond ».
On pourrai, par exemple, traduire une phrase des années 50 : « Oh ! Cette crapule m’a encore fait faux bond !! » par : « Putain ! c’t enfoiré m’a encore posé un lapin !!! ».
Pour mieux comprendre, passons à une série d’exemples choisis qui illustreront mes propos.
Je suis actuellement dans le bureau d’Alex, RT (responsable terrain) intérim de MSF. Il est 16h00 et nous attendons une entreprise avec laquelle nous avions rendez vous à 14H00. Je pense qu’ils ne viendront plus. On les a appelé à 14h30, ils nous ont répondu qu’ils étaient en voyage. Devant notre embarras évident le patron nous a promis de nous envoyer son « petit », que nous avons finalement abandonné d’attendre après 2h.
La, on peut dire que l’entreprise nous a posé un lapin.
Dimanche, 12H00
Apres 3h de chargement de camions pour cent pupitres d’écoliers pour les réfugiés de Guereda.
Le loueur de camion :
« Je vais chercher le troisième camion pour l’amener chez le deuxième soudeur pour charger les meubles des salles de réunion des écoles. »
Moi :
« Ok, donc on peut revenir à 14h30 pour la fin du chargement, vérifier la marchandise, signer les bordereaux. »
« Il n’y a pas de problème » (évidemment, il n’y a jamais de problème)
Dimanche 14h30
Notre minibus se gare devant l’atelier de soudure, je n’aperçois qu’un vieux fourgon devant dater de l’époque paléolithique, je me mets à redouter qu’ils veuillent embarquer nos meubles sur ce minuscule engin capot ouvert, rustines en tissus sur les pneus, avec 5 personnes essayant de le réparer.
Heureusement, il n’est pas la pour nous.
Malheureusement nos meubles sont toujours sur le bord de la route.
J’appelle le gérant de la société de transport, il me répond qu’il est « en route ».
Peut être n’ais je jamais encore parlé de cette inquiétante expression tchadienne « je suis en route » à la quelle il ne faut pas accorder le sens premier. On pourrait la traduire par « Ne te fait pas de soucis je vais essayer d’arriver dans pas trop longtemps c'est-à-dire avant demain si dieu le veut » et dieu ne le veut pas toujours.
Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos camions qui justement ne viennent pas.
Nous attendons donc avec Maroa, sur un banc, avec les soudeurs. Trois quarts d’heures plus tard, je rappelle mon nouvel ami « en route » :
« Oui, bon, j’arrive, je sui en route, mais je ne sais pas ou est le camion, je l’ai perdu… Je vous rappelle quand j’ai des nouvelles»
Un quart d’heure plus tard :
« Oui, bon, le camion est en révision, il ne peut plus partir… »
La, on peut dire que l’entreprise nous a posé un lapin.
Pour la fin de l’histoire, on a fini par trouver un autre camion et les meubles sont partis à 19h00.
Je pense que tout le monde à maintenant compris ce que signifie l’expression : poser un lapin. Il est donc inutile que je relate ici tout mon élevage de lapin tchadien que j’ai constitué avec soin pendant ces neuf mois.
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