vendredi 16 octobre 2009

La page de blog que je ne publierai jamais.

De plus en plus je dois faire attention à ce que j’écris sur ce blog.
Je dois rester discret à propos de l’ONG pour qui je travaille (ils ont déjà demandé à une collègue d’effacer des messages), je ne dois pas trop évoquer l’ONG avec laquelle je travaille (ils ont un service de communication qui vérifie tout ce qui est dit à leur sujet sur la toile), je ne dois pas citer le nom de mes collègues (récemment a été publié un extrait de « bien au chaud » dans lequel je parlais d’une collègue), je ne dois pas critiquer le pays dans lequel je vis (j’évite même de citer son nom), encore moins ses dirigeants (qui sont formidables bien sur)…

Donc effectivement, il faut arriver à la conclusion que Internet est tout sauf un espace de liberté… Ou alors si… il est vrai que je suis complètement libre de dire que je préfère le mouton à la chèvre, je peux même me permettre d’être un peu critique envers le climat et encore… Mais je n’ai pas intérêt à dépasser ces banalités…

N’importe qui, n’importe quand, n’importe comment, peut prendre une page de ce blog et la publier n’importe ou. J’en ai retrouvé sur des sites d’actualité tchadiens, sur des blogs. Ma dernière surprise fut d’en retrouver un extrait sur un courrier que les nations unies publient à toutes les ONG de l’Est du Tchad…

Connaissez vous l’alerte google ? Les ONG programment évidemment ce genre d’alertes pour être prévenues à chaque fois qu’une page web cite leur nom. Les services de renseignements de tout pays ont aussi des alertes sur des mots clefs attenants à la « sécurité de l’état ».

Mais si je m’expose en écrivant sur cette toile virtuelle, je pourrai aussi retourner le système. Peut être avez-vous remarqué le petit compteur en bas à droite. Avec lui je peux connaître la ville d’origine des lecteurs du blog. Mais il existe d’autres logiciels en téléchargement libre qui pourraient me permettre de connaître par exemple toutes les pages visitées par chaque visiteur. Je pourrai espionner ainsi tous les lecteurs du blog. A notre époque de voyeuristes symbolisée par la télé réalité, il est difficile de résister à la tentation…

Non seulement le net se révèle ne pas être l’espace de liberté tant adulé, mais il dérive vers un système de contrôle. Nous pensons être dans l’ère de la communication, et c’est vrai qu’elle est omniprésente dans notre vie quotidienne (telephonnes, internet, facebook…). Mais à quoi ça sert de parler beaucoup si on ne peut rien dire ?

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