Le ronronnement du générateur vient de s’éteindre, la lumière de l’ampoule est remplacée par l’extrémité des rayons du soleil qui viennent s’éclater et se disperser à travers les persiennes et la toile anti moustique de ma chambre. Je suis assis sur ma chaise en plastique, dans la semi obscurité, devant la simple table en contreplaqué bricolée déjà branlante par le menuisier de Bahaï (comment être menuisier dans une région sans bois ?). La Folk tranquille d’Arab Strap vient tromper le lourd silence, le silence du désert, celui qui résulte de la chaleur anéantissant les traces habituelles de vie. De temps en temps on peut entendre un hennissement rompre ce lourd rideau, ce sont les quelques ânes qui sont venu, à l’extérieur du compound, se frotter aux murs pour glaner la moindre parcelle d’ombre.
Le soleil a commencé sa course vers le sol, bientôt la fraicheur essayera de faire sa place tant bien que mal.
Demain, Lundi, nous retournerons sur le chantier pour surveiller l’avancée des travaux. Les murs de pierre sont montés presque jusqu’au niveau des linteaux. Nous allons bientôt couler le chainage, et déjà nous devons commencer à faire souder nos éléments de toiture.
Une certaine routine est installée. Les alertes sécurités, les prévisions catastrophiques, les négociations tendues font maintenant parti de mon quotidien. Quand je regarde en arrière je trouve inquiétant comme il a été simple et presque naturel de s’habituer à une situation extrême comme celle-ci. Comme on peut facilement s’habituer à voir des roquettes, des mitrailleuses, des bombardiers, à entendre des bruits de combat, à ce que les enfants se fassent enlever à 14 ans pour servir dans les groupes armés, à ce que des femmes se fassent violer hebdomadairement…
Toujours, le soir on revient dans sa petite pièce rassurante. Toujours, les soucis du chantier prennent le dessus.
Ca ne veut pas dire que l’on accepte, ni que l’on ne réagit plus, que ca ne nous fait plus rien, mais on s’habitue…
C’est seulement quand je prends le temps de regarder en arrière, de me souvenir de moments passés que je m’aperçois du fossé que j’ai franchi si rapidement.
Il faut croire que l’homme à une capacité d’adaptation remarquable. Mais ou est la limite avec sa capacité à accepter, à rester passif. De temps en temps, je me dis qu’il serait si facile d’ouvrir la main, de lâcher, de laisser filer. Il n’est pas aisé de choisir l’action à la passivité.
L’action, c’est bien d’en parler… Mais laquelle ? Etre actif dans nos société, est ce d’aller construire des écoles dans des camps de réfugiés ? Non, je ne crois pas, être acteur, c’est de savoir être à l’écoute de notre monde, de notre environnement. C’est de voir les gens vieillir, les situations évoluer, les sentiments grandir, sans laisser passer toutes ces choses.
En soit, il n’y a aucun intérêt de simplement s’engager dans un projet humanitaire comme je l’ai fais. Même, aucun mérite… Je crois que ma mission, comme celui de tout homme, c’est d’être à l’écoute de ceux qui nous entourent, d’essayer de les comprendre de les aider, de les soutenir quand ils en ont besoin…
Ce qui m’importe le plus, ce n’est pas ce que j’aurai construit à la fin de mon passage, mais plutôt comment je l’aurai fait, quelle trace j’aurai laissé.
J’hésite encore à mettre toute cette réflexion en ligne… Je n’ai pas l’habitude de me livrer ainsi… Mais loin de tous, c’est toujours plus facile…
dimanche 5 avril 2009
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