Nous tous, petites bêtes à deux pattes qui grouillons sur cette planète, sommes voués à communiquer, à nous parler, à échanger. Certains vont même jusqu’à affirmer que c’est ce qui fait la différence entre nous et les animaux.
Pourtant, on ne se comprend pas toujours très bien. Ca peut être un simple problème de langues différentes.
Je me rappelle quand, pour donner une consigne à un ouvrier qui ne parlait que zaggawa, je devais m’entretenir en français à un Tchadien dont la langue maternelle était le gombai, mais qui avait appris le français, pour qu’il traduise en arabe, langue qu’il avait appris sur le tard, à un Soudanais dont la langue maternelle était le zaggawa mais qui avait appris l’arabe à l’école, pour qu’il fasse passer le message en zaggawa à l’ouvrier soudanais. Inutile de vous préciser la perte d’information effective.
Mais, même entre deux personnes maîtrisant la même langue, parfois, les choses ne sont pas claires, les sens mis sur les mots ou sur les expressions ne sont pas tout à fait les mêmes. C’est dans ces moments que l’on s’aperçoit que la communication est un art de haute précision.
Exemples :
Je discutais avec Ahmat notre chauffeur, et on se disait que de temps en temps, nous pouvions, nous les étrangers, blesser nos interlocuteur par nos propos ou notre ton. Et d’ailleurs lui, semblait en avoir gros sur le cœur sur la façon dont il était traité par Lucile et surtout Maroa. Il me dit que souvent il les trouve injurieuses à son égard et qu’il ne comprend pas pourquoi. Il le prend assez mal. Etonné, je lui demande de quelles insultes il parle. Il me répond que régulièrement, elles le traitent de putain, ce qui est quand même une atteinte dans sa dignité.
Je me sens soulagé. Avec un grand sourire, je lui explique que si il comprend bien le mot « putain », en France on a aussi l’habitude de l’utiliser comme un juron, comme on dirait « zut »ou « mince » ou « merde » ,que ce ne lui était absolument pas adressé et que personne ne l’avait traité de « putain ».
Je me rappelle aussi de conversations compléments vaines avec notre chef de chantier. Je lui parlais d’une technique de construction, et il me répétait toujours : « ça vaut la peine ». Je me sentais encouragé et continuais à lui exposer la chose. Cependant je me rendais compte dans ces mimiques qu’il n’était pas très à l’aise avec cette idée. Je m’arrêtais alors pour lui demander : « qu’est ce que tu en penses ? » « Ça vaut la peine, ça vaut la peine ». J’ai donc poussé jusqu’au bout mon idée.
Ce n’est que plusieurs jours, après plusieurs conversations du même type que j’ai enfin compris que l’on ne s’était pas compris. Pour lui, ne me demandez pas pourquoi, « ça vaut la peine » est, en fait, l’abrégé de : « ça ne vaut pas la peine »….
Une fois que j’ai compris ça, on s’est beaucoup mieux entendu…
Mais les incompréhensions peuvent être plus complexes. Dans toute communication il y a des règles en plus de celles du langage lui-même.
Par exemple, tu ne peux pas entamer une conversation ou même demander ton chemin si tu n’as pas salué ton interlocuteur auparavant.
Lever le ton ou avoir des mots un peu durs ou un ton un peu sévère peu gravement vexer un Tchadien. Il faut aussi faire attention aux mots employés.
Un commerçant a très mal pris que quelqu’un de l’équipe glisse maladroitement au milieu d’une conversation les mots « simple vendeur de voiture ». La situation a dégénéré jusqu’à se terminer devant le juge au tribunal…
Quand un Tchadien répond : « oui, oui » : Tous aux alertes !!!
Il y a deux solutions. Soit il n’a rien compris, mais de toute manière il ne veut pas te contredire et dans ce cas, tu risques de t’amuser. Soit il a tout compris, et si tu lui demandes de répéter il va penser que tu le prends pour un con et il sera vexé…
Et puis il y a le plus drôle, les expressions locales qui ont une signification différente chez nous.
Si, le matin, alors que vous maudissez encore tous les dieux du monde d’avoir inventé ce maudit soleil qui vous a réveillé, quelqu’un vous demande : « bien réveillé ? ». Il ne faut pas lui répondre : « occupe toi de tes affaires connard!! » car il vous a juste demandé si vous aviez passé une bonne nuit.
Voici quelques autres expressions du cru, à vous de les traduire :
« Salut, c’est comment ? »
« Tu as passé une journée fatiguée ? »
« Un peu, un peu. »
Mais le plus incroyable pour un gros mégalo comme moi… C’est quand les chefs de chantiers, les gardiens, etc, m’appellent tous les jours « patron » ou « chef »… A mon retour, il va falloir vous y mettre…
mardi 21 juillet 2009
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