lundi 25 mai 2009

Un réveil au tribunal

La fondation des architectes de l’urgence au Tchad à des soucis avec la location de sa voiture à Abéché. C’est un moyen de déplacement nécessaire. Passer par la location est ce qu’il y a de plus pratique et surtout de plus sûr. La voiture n’étant pas à nous, nous évitons le risque, très courant ici, de nous la faire voler. De même, nous faisons attention à ce que les chauffeurs soient inclus dans le contrat afin de ne pas à avoir l’inconvénient de les employer.

Mais voila, fin décembre tout s’est grippé.
Notre chauffeur, Fadul, (ancien chauffeur de l’arche de Zoé, et oui on est aussi très fort dans notre politique d’embauche, je reviendrai dessus un jour…) appelle le chef de mission de l’époque pour lui signifier qu’il avait perdu les clefs de la voiture. Perdre des clefs de voiture…
C’est anodin..
Ca pourrait l’être si le propriétaire n’avait pas décidé de nous poursuivre en justice et si on ne se retrouvait pas sous la menace de devoir payer 20 000 000 de francs CFA de dommages et intérêts…
Nous avons fait venir un avocat de N’Djamena, avocat qui n’a pas chômé puisque dans la foulée, le propriétaire suivant (fin décembre début janvier) nous poursuit à son tour pour nous réclamer 2 000 000 pour rupture de contrat intempestive.

Sachant tout cela, travaillant tranquillement sur mon projet de village des femmes, je reçois un appel de Lucile, ma chef de mission en séjour à la capitale :
« Benjamin, je suis désolé je ne rentre que mercredi »
« Bon bah, oui, pas de problème. »
« Si. Je suis convoquée au tribunal à Abéché demain matin tu dois y aller, je suis désolé… »

Mercredi matin, à 6h30, j’ai rendez vous avec des manœuvres pour négocier des travaux, après je m’attaque goulument à ma traditionnelle tartine confiture fraise ED accompagné du chaï. Je suis dérangé au bout de ma quatrième bouchée par un de nos chefs de chantier qui devait prendre l’avion et qui a été refusé à l’embarcation. Je prends mes cliques, l’accompagne à l’aéroport pour discuter et régler l’affaire. Puis l’heure avançant, je me rend directement, pour la première fois de ma vie, au tribunal.

Le chauffeur me dépose devant le bureau du juge, j’attends les 9h00, puis je me décide à entrer quand la porte se ferme brutalement. Un militaire me dit que le juge ne reçoit plus car il a une audience publique à tenir. Ne sachant pas exactement à quoi je suis convoqué, ni réellement pourquoi, je rentre dans la salle d’audience avec mon chauffeur Ibrahim.

Une salle sombre, les murs peints en marron jusqu’à mi hauteur, remplie de bancs en bois ciré. Le tribunal est comble, des gens sont assis dans l’allée. Tous les hommes sont en djellaba blanche avec leur traditionnelle coiffe. Ceux qui entrent avec le cheich se font réprimander par le gendarme. Je trouve une petite place tout derrière à coté de femmes (c’est sans doute pour ca que la place était libre).

Au fond, un long bureau fait face à l’assemblée, sur une estrade, et juste devant, la fameuse barre. La cour entre. Tout le monde se lève. Trois juges, un greffier, un traducteur. Le juge ouvre la séance, tout le monde s’assied.
Le premier dossier est appelé, c’est une histoire de propriété cadastrale, deux femmes, dignes, qui écoute le verdict court et efficace du juge : 1 minute et 13 secondes.
Les affaires commencent à s’enchainer, je commence à me demander ce que je fous la. Je me lève, joue des coudes et sort de la salle à la recherche d’un autre bureau. Je trouve enfin un greffier de l’autre coté qui daigne m’écouter au bout d’un quart d’heure d’une agitation sans queue ni tête, il me demande ma convocation. Je réponds que je n’ai aucune idée d’où elle est. Il me demande qui doit me recevoir, je lui réponds que je n’en sais rien. Il me dit qu’il ne peut donc rien faire pour moi…

Je retourne donc, dépité, dans ma salle d’audience, retrouve ma place de cancre au fond de la salle (sauf que la, il n’y a pas de radiateur) et j’attends, j’écoute les plaintes, les délibérations. Des affaires durent plus que d’autre. Je vois, entre autre, un grand père s’énerver dans tous les sens contre son adversaire, mais surtout des tas d’affaires de cadastre… J’ai surtout retenu une des délibérations du juge: « en vertu des droits qui me sont…. Je déclare monsieur untel devoir jurer sur le coran qu’il n’a pas vendu son terrain. »

Il fait chaud, j’ai envie de dormir, les débats sont majoritairement en arabe, je m’affaisse.
« L’affaire qui oppose Ismaël Abdallah à l’ONG « architectes de l’urgence. » appel le juge.
Kai !!
Je me lève, rejoint le fameux Ismaël (que je n’avais jamais rencontré) à la barre. Une vrai barre métallique, solide, à laquelle je m’accroche de toutes mes forces pour ne pas à avoir à plaider un cas que je ne connais pas du tout.
Mon voisin de barre, un homme un peu gras (donc riche et bien portant), ne m’adresse pas un regard. Le juge parle seul, m’explique que nous avons deux semaines pour préparer notre réponse. Ismaël intervient pour dire que une semaine suffirait largement, mais finalement le juge tranche à deux, j’essaie d’articuler un oui timide puis l’affaire est renvoyé et je sors de la salle.
57 secondes.
Ma première audience publique…
Je devais venir au Tchad pour ca…

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