Ce matin, M., ma collègue m’a convaincu d’aller courir avec elle. Elle me le demande souvent, mais j’ai pris l’habitude de refuser. Le matin c’est fait pour essayer de se réveiller. Son argument ? Pour une fois, ils n’y vont pas trop tôt.
Pas trop tôt ? Départ à 6h00 du matin.
Et oui, d’habitude départ à 5h15.
Sous cet argument massif, je n’ai pas pu négocier et me suis retrouver sur la piste de l’aéroport avant même d’avoir ouvert le deuxième œil.
Une piste c’est long… Pourquoi faut il toujours autant de place à ces machines du ciel pour atterrir ou décoller ? Surtout que le plus souvent, ils en utilisent que la moitié. On me répondra que c’est par sécurité. Je n’ai jamais trouvé très rassurant que les pistes soient deux fois plus longues que nécessaire. Ca signifie que les pilotes prévoient quand même de se rater. « Tu comprend, au cas ou on se loupe, il faut bien prévoir… »
Moui…
Il faut préciser que pour le dernier atterrissage que j’ai fais sur cette piste, il y avait du vent, et à ce moment j’aurai vraiment voulu qu’elle soit 3 à 4 fois plus large (peut être aurais je moins martyrisé mon accoudoir)… Ben oui, ils prévoient de la marge en longueur mais en largeur…
Il y a trois mois, il y a un avion qui a pris quelques libertés en la largeur sur une piste de l’Est du Tchad. Il y est encore.
D’autant plus que si ils faisaient les pistes moins longues et plus large, il y aurait moins à courir…
Parce que l’important c’est que je me suis retrouvé à moitié endormi à lutter contre le vent à courir sur la piste de « l’aéroport international d’Abéché ».
Je me suis toujours demandé pourquoi ce panneau frôlant l’absurde proclamant « l’aéroport international d’Abéché » ? Il faut imaginer un bâtiment blanc décrépi, pas très grand. Une petite salle d’embarquement avec quelques chaises rouges, une table en bois pour la vérification des billets et une autre pour l’enregistrement. Au fond à droite, la boutique, de l’autre coté, une porte blanche : le commissaire. A coté, la salle de débarquement, plus petite, vide. Quelques bureaux énigmatiques au fond, une cour parking remplie de véhicules d’ONG et toujours quelques militaires qui semblent flâner (ici les militaires on toujours l’air de se promener).
A part les vols humanitaires qui partent quotidiennement sur N’Djamena, Bahai, Guereda, Iriba, Farchana, Goz Beida… et les vols militaires, il doit y avoir un avion par semaine de la Toumai airlines sur N’Djamena.
Aéroport international…
Apres réflexion, c’est vrai qu’il est international cet aéroport. Des passagers de toutes les nationalités possibles s’y succèdent.
Revenons à cette piste interminable, à ces jambes si lourdes, à ce souffle si maltraité par les réponses que je tente de donner à mon cojogger du CICR (croix rouge). Mais quelle idée de courir à cette heure de la journée ? Contrairement aux avions qui se sentent de plus en plus légers au fur et à mesure que le bout de la piste se rapproche jusqu’à monter au ciel, je me sens de plus en plus lourd prêt à rejoindre le sol.
Et puis au milieu de cette tourmente de l’effort je me suis aperçu de l’absurde de ma situation. En train de faire du jogging sur une piste d’où décollent des avions de chasse dans un pays marchant sur le fil de la violence et du KO. A ma droite des hélicoptères, tank, véhicules et soldats de toutes nationalités représentant toutes les nations unies (comme si des nations pouvaient s’unir…) A ma gauche, des hélicoptères de l’armée locale prêts à répondre à toute mise à feu de cette poudrière qu’est la région. Et derrière moi, tout un camp de militaires français qui font… Bonne question que font ils ?
Dans ce pays on dirait que tout le monde est prêt à se battre, et moi… je fais du jogging sur la piste…
lundi 16 novembre 2009
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