lundi 9 mars 2009

Le CPI inculpe le président Béchir :

Je ne sais pas si cette nouvelle a fait beaucoup de bruit en France, mais le président du Soudan, Omar el Béchir vient d’être inculpé de crimes contre l’humanité et crime de guerre pour son rôle lors du génocide du Darfour (mais pas de génocide d’ailleurs).

Pour ceux qui n’ont pas lu les articles précédents, je rappelle que j’habite à 800m de la frontière avec le Soudan, que les JEM, les rebelles Soudanais, ont leurs arrières bases au Tchad, et enfin que le camp d’Ouré-Cassoni sur lequel je travaille, accueille des refugiés Soudanais qui on fuit la répression sanglante de Béchir. Si on rajoute que le camp rassemble des milliers de rebelles, on peut en déduire que cette décision de justice nous concerne de près…

Cette semaine était la distribution de vivre, alors les leaders des réfugiés nous ont annoncé qu’ils attendraient vendredi (selon le dicton : « la révolution se fait le ventre plein ») pour lancer des grandes manifestations de joie en soutien à la décision de la cours pénale internationale.

Mais il y a deux raisons pour que le HCR (responsables du camp) et les ONG responsables (nous) interdisent ces manifestations de joie. Déjà, nous craignons pour la sécurité, nous redoutons les débordements puis la réaction de nos voisins soudanais devant ce défi. Ensuite, nous sommes tous des ONG apolitique (si ca existe) et nous ne pouvons en aucune façon être liés à une manifestation profondément politique. IRC, l’ONG qui gère le camp, par exemple, fait parti des 11 ONG virés violemment du Soudan par Béchir. A elle seule elle procurait l’accès au soin de 650 000 personnes et son départ est une catastrophe. C’est, entre autre, pour éviter ce genre de situation que ces ONG internationale doivent rester le plus neutre possible.

Les réfugiés sont restés inflexibles nous promettant une manifestation quoique l’on fasse. Décision a donc été prise de ne pas partir sur le camp ce WE. Et la manifestation a donc bien eu lieu, des journalistes de El Jazirha ont même couvert l’événement, les forces de sécurité n’ont rien pu empêcher et nous, nous sommes resté chez nous.

Mais suite à cette condamnation, nous espérons que la région va rester calme. Déjà les rebelles de tout bord commencent à s’exciter sans conséquence pour le moment. Les Pick-up des JEM circulent dans le camp encore plus intensément qu’avant avec leurs kalachnikovs et leurs roquettes. On voit des gosses de 14 ans venir acheter une radio au marché, la kalachnikov en bandoulière, avant de repartir sur le terrain au Soudan.

Je suis toujours saisi par le paradoxe de Bahaï. Nous sommes au cœur d’un conflit ou les différents acteurs s’activent. Nous sommes au lendemain de massacres dégueulasses, nous sommes dans une région du monde ou trois millions de personnes ont été déplacés, nous sommes au milieu d’une zone de non droit, et pourtant… Malgré cette situation Bahaï et Ouré-Cassoni respirent le calme. On a du mal a admettre la réalité tant on se sent au bout du monde, dans un bout du monde oublié de tous, ou rien ne se passe et rien ne peut se passer. Le vent souffle, le sable monte, le soleil tape mais c’est le vide qui prend le dessus. J’ai rarement eut autant l’impression de me retrouver au milieu d’un immense rien. J’ai l’impression qu’ici, rien ne peut se passer et pourtant, ici, tout peut arriver…

Cette situation me parait simplement surréaliste.

PS : Aucune inquiétude pour notre sécurité, L’EUFOR est en alerte, tout le dispositif de sécurité est prêt et aucun risque n’est prit.

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