jeudi 19 février 2009

J’ai perdu mon chemin :

En tant qu’ex parisien, j’ai une certaine expérience pour remettre dans le droit chemin des brebis égarées :
« Vous prenez la 4, vous changez à Chatelet puis direction la défense »
« De rien mademoiselle »
Ou encore :
« you take euh… on your left, and after the second on the right euh… and… there is a church euh…Ok, well, follow me »
En tant qu’autochtone, je me faisais un devoir de renseigner du mieux que je le pouvais (même si je ne connaissais pas) ces touristes perdus dans les dédales de ma ville.

Mais je ne pensais pas avoir à indiquer le chemin deux fois de suite à Ouré-Cassoni. Nous faisons partie, Wilfried et moi, des quelques non soudanais à être présent au camp à ce moment la, et surtout nous sommes les deux seuls blancs. Il semble clair que nous ne sommes pas les meilleurs personnes à demander et pourtant…

L’avantage, c’est qu’ici, on demande son chemin de façon originale !

Méthode n°1
Tous les deux archi de l’urgence étions en chemin pour passer de notre chantier en zone C à notre futur chantier zone A. Une marche assez longue (le camp est grand) en plein soleil, nous étions absorbés dans nos pensées.
Au bruit, j’entends un véhicule arriver derrière nous et ralentir, les voitures sont plutôt très rares au camp. Je me retourne pour voir un pick-up remplis de torro borro, (les rebelles (JEM) contre le pouvoir soudanais). Une quinzaine de types en tenu de camouflage, la kalachnikov à la main, le pistolet à la ceinture entassé à l’arrière, la cabine remplie de quatre autres non moins dénudés d’armes. Les lances roquette sont accrochés à l’extérieur avec quelques munitions.
Le véhicule ralentit, je ne suis pas totalement rassuré, même si on a l’habitude d’en voir assez souvent. Nous continuons notre chemin l’air de rien. Il ralenti encore. Passe à coté de nous. Je détourne le regard me demandant ce qu’il se passe. Puis il s’arrête à notre hauteur. Les choses semblent claires. Il n’y a personne d’autre dans les parages. Le chauffeur nous accoste. Il parle Anglais. Nous nous retournons aimablement :
« excuse me, do you know where is the hospital please ? »
Les militaires dans la cabine sont très souriants et le ton de leur demande est très apaisé. La peur est passée, je peux souffler et garder un sourire en coin : ce n’est pas tous les jours que des rebelles soudanais armés jusqu’aux dents me demandent leur chemin.
Bien sur je leur répondis dans mon anglais irréprochable.

Méthode n°2
Toujours sur la même route, le lendemain, ce fut au tour de mon idole de me demander son chemin. Tout le monde a évidemment deviné à qui je fais allusion…
Non ce n’est pas Mya Farrow qui est en visite au Tchad et devait venir à Bahaï avant d’annuler, non ce n’est pas Georges Clooney qui est en ce moment à 200 km d’ici et qui est un des donateurs pour le camp de Bahaï.
Non je parle d’un personnage plus important !!!
Un dromadaire ! chargé de marchandises venues certainement du Soudan. Ou plutôt son cavalier qui venait s’enquérir auprès de moi du chemin du marché.

Et oui, je ne me suis permis de photographier ni les rebelles, ni le dromadaire. Mais quelque chose me dit que la prochaine fois que l’on me demandera son chemin à Paris, je risque de trouver ca bien peu original…

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